Tripote moi la nuque avec les doigts

geisha

Quand je suis née, la fée dodue qui s’est penchée au-dessus de mon berceau chromé a eu la main un peu lourde. Elle a dit : « Tu seras outrageusement belle, tu auras le monde à tes pieds et tu seras la quintessence de l’intelligence (bibidi-babidi-bou) ». Et puis, sans trop que l’on ne sache pourquoi, elle s’est retournée, s’est grattée l’oignon, et elle a rajouté « oh, mais tu auras le dos complètement moisi ».

Pute.

S’en est suivi un fabuleux corset et des heures entières à respirer par l’anus chez le kiné (je pense qu’il me doit sa piscine à l’eau de mer chauffée). Mon kiné de l’époque était aussi ostéopathe (ce combo = Graal) donc parfois, quand j’avais mal à une épaule, il me tordait le gros orteil en m’appuyant derrière le mollet, et ça allait mieux. L’ostéopathie, ça ressemble parfois à du vaudou, sans les plumes dans le nez et les poulets égorgés. Depuis, à chaque fois que j’ai le dos en vrac, je fonce chez un ostéo. A chaque fois qu’il m’attrape la cheville parce que j’ai mal au coude, je me dis que ces charlatans sont quand même de gros enfoirés, s’ils croient que je vais avaler leurs histoires d’énergie de corps et d’organes du ventre reliés derrière la tête… Et puis, à chaque fois, ça marche (même sans testicules de loup clouées à ma porte). Je ne me pose donc pas la question de savoir si je crois ou non en l’ostéopathie (vilains-méchants-gosses-de-riches-même-pas-allopathes-diplômés). Sur moi, ça marche. Point barre.

Sauf que l’ostéopathie, c’est quand même un truc de sale riche. Alors j’ai trouvé la parade : pour dix euros par séance, je me fais tripoter par une armada de petits jeunes frais et plein d’espoir (et futurs chômeurs). C’est au COS, l’école d’ostéopathie de Bordeaux (remarque comme je leur fais de la pub gratos, hein).

Depuis quelques semaines, j’en pouvais plus de mon dos pourri, alors j’ai pris rendez-vous. C’est fou, en peu de temps, ce que je suis reliée au médical (et à la chamanerie). La dernière fois que j’y suis allée, je suis tombée sur une nana. Très sympa au demeurant, mais tu ne m’ôteras pas de l’idée que payer dix balles pour se faire palper le cuissot par un petit jeune homme eût été plus appréciable. Ce matin, je me sentais en veine : j’étais SÛRE que j’allais tomber sur un garçon ! Epilation totale, crème hydratante, gouttes de Prada derrière les oreilles, chaussettes propres : y’a pas à tortiller, j’étais une bombasse.

La salle d’attente sent le comédon, le Pokémon et le Mustela. On était trois : la vieille avant moi a eu un beau jeune homme bronzé, le type après moi a eu un pré-pubère avec des pectoraux saillants. Moi, j’ai probablement eu la seule fille que la clinique comptait à ce moment là (quelque part, elle aussi avait le pectoral saillant). J’ai cru qu’il y avait erreur, j’ai failli demander si les secrétaires étaient autorisées à manipuler les patients, non parce que je suis ENCEINTE, ce qui nécessite des compétentes très poussées, dont le jeune homme, là, par exemple, a l’air de disposer… Que dalle, ce serait elle, et c’est tout.

Elle m’a saluée avec une horrible voix de camionneuse et des boots à carreaux de 2010. En plus, il a fallu que je tombe sur une étudiante malade (pardon mais je suis ENCEINTE) et qui a un mauvais goût certain. Elle a les cheveux frisés. Un peu ternes, à mieux y regarder. Et puis ce parfum, je sens que je vais vomir… Elle me pose les questions d’usage, note des trucs sur son ordi. Je me demande si, si je feins un malaise, j’aurais le droit de changer pour aller avec l’adolescent aux pectoraux…

Une fois en soutien-gorge et culotte, je ne pouvais plus faire marche arrière. C’est alors que Sharon (appelons-la comme ça) a commencé à me tripoter. Délicatement. Même pas la main hésitante, rien. Il faut que tu saches un truc : j’adore me faire tripoter. Non, mais VRAIMENT, j’adore me faire tripoter. Je tomberais amoureuse de n’importe quel gogole qui a la main agile. Elle fermait les yeux pour mieux se concentrer : mon dos était devenu un Perplexus et elle voulait finir tous les niveaux. Je sentais qu’elle y mettait les cinq années d’étude à 7.000 boules que ses parents lui ont payées. Elle m’a dit que ce coup-ci, elle traiterait surtout la douleur et le joyeux bordel qui allait avec, mais qu’elle aimerait me revoir dans quelques jours, pour refaire un bilan complet (je lui faisais DÉJÀ de l’effet). Sharon s’est alors mise derrière moi, m’enlaçant d’un bras frêle, l’autre farfouillant mes vertèbres. Tout bien réfléchi, j’aimais bien son parfum. Après, elle m’a dit de me coucher « dans une position qui me faisait plaisir » (la levrette ne comptant pas), elle s’adapterait à moi. Elle était chou, elle me parlait des os et des muscles en latin, elle sentait qu’elle n’avait pas affaire à n’importe qui (je t’ai parlé de mes études avortées de médecine ?). Quand elle s’est penchée sur moi de tout son poids (40 kg tout au plus), j’ai senti mes os se remettre en place doucement (et ses cheveux soyeux me frôler). A bien y réfléchir, elles sont pas si mal que ça, ces boots. Quand elle a commencé à me masser la nuque, j’ai clairement senti ses phéromones juvéniles entrer en phase avec les miennes. Je regardais d’abord le plafond, puis de plénitude, j’ai fermé les yeux. J’étais tellement bien que lorsque je les ai rouverts, et que je me suis aperçue que ça faisait cinq minutes qu’un de mes tétons s’était fait la malle par dessus mon soutif, ça m’a presque fait rire. Je l’ai quand même rangé à sa place, j’ai déjà du mal à contenir mon gynéco, si en plus je dois aussi freiner mon étudiante-ostéopathe… Bref, alors qu’elle palpait mon épaule en me TOUCHANT UN SEIN, je me suis demandée si le massage de nuque de tout à l’heure avait duré longtemps à cause de mes vertèbres ou de mon téton voyageur. Puis, de sa voix suave et douce (je t’ai déjà parlé de sa voix ?), Sharon m’a demandé si j’avais mal ailleurs que là où je lui avais dit, afin que de ses doigts de fée, elle pétrisse l’endroit meurtri. L’espace d’un instant, j’ai pensé lui dire que j’avais le clitoris un peu douloureux ces temps-ci… C’est fou, les barrières qu’on se met, quand même.

Enfin, Sharon me fit respirer calmement, une main derrière mon crâne, l’autre sur mon sacrum (c’est à dire sur mon cul). Puis, sentant qu’elle n’y tenait plus (ou alors parce que c’était l’heure), elle me dit que malheureusement, c’était terminé entre nous. On a fixé notre prochain rencart. Elle a fait genre qu’elle était overbookée de rendez-vous (LAISSE MOI RIRE, t’es étudiante) mais ça m’a fait plaisir.

Depuis, avec son plus bel eye-liner Yves Rocher, elle fait un trait chaque jour sur son mur de chambre de pucelle.

Quant à moi, je peux refaire des rondades-triple-loots-piqués dès potron-minet.

——————————————————————————————————————————–

Edit 1 : Plus sérieusement, je ne saurais trop conseiller à tout le monde d’aller y faire un tour. On peut prendre une carte abonnement valable un an, sur laquelle on inscrit qui on veut, et qui coûte 50 euros (remboursable selon sa mutuelle). Après, c’est dix euros par séance pour les adultes, et cinq euros pour les enfants. C’est donc donné. Pour les bobos de tous les jours, c’est l’idéal. Et puis ils ont la peau douce, ces petits-mignons.

Edit 2 : A droite de cette page, tu peux cliquer sur l’icône Facebook et t’inscrire à la page du blog. Tu seras prévenu(e) en preums de la publication des articles, et notamment voter pour le nouveau fond du blog.

Edit 3 : la photo, c’est une tuerie de dessert du WA, super restau bordelais. Dessert qui porte le doux nom de « Boules de Geisha ». J’ai trouvé que c’était approprié. Voilà voilà.

Kiss sur tes einsss <3

Rendez-vous sur Hellocoton !

17 thoughts on “Tripote moi la nuque avec les doigts

  1. Excellent !
    Je te conseillerais quand même de clouer des testicules de loup à ta porte, l’effet de l’ostéo sera décuplé.

  2. Merci Chag pour ce tuyau, je te lus depuis un moment mais c’est la 1ère fois que je commente, étant bordelaise, je vais tester les deux, le resto et l’école d’ostheo…et comme je suis sympa je te donne un tuyau aussi Plume small kitchen rue de cheverus livre gratuitement ses brunchs délicieux et copieux le we. Je te précise que je ne suis pas la proprio de ce super endroit, juste une cliente comblée. Bon dimanche

  3. Le WA a été en travaux de déco pendant un mois. Il a rouvert récemment, avec une déco qu’on a trouvé bof bof par rapport à l’ancienne (mais on est comme des vieux, faut pas changer nos habitudes). En revanche, leur carte n’a pas changé, les boules de geisha sont toujours écrites dessus, mais la dernière fois, la serveuse nous a dit qu’ils n’en faisaient pas (ou plus, on sait pas trop). Alors pour description, au cas où ce dessert de la mort (notre préféré de tous les restau de Bordeaux) ne soit plus qu’un souvenir : ce sont des boules de glace à la vanille, plongée une sorte de pâte à beignet, puis frit. Magie asiatique : quand c’est servi, c’est très chaud, mais à l’intérieur, la glace est encore congelée ! Une tuerie. S’ils l’enlèvent de la carte, j’appelle Che Guevara.

  4. ah et merci pour le brunch !!! J’adore ça, je vais me renseigner (d’habitude, on va bruncher chez Karl, place du parlement).

  5. Tu as sans doute raison. Cependant je tiens à préciser que j’ai aussi acheté des culottes unies. Bleu pâle à trous-trous, après une longue hésitation. A cause des élastiques sous tunnel. J’ai le croupion coincé régulièrement (au-dessus de l’endroit où le dos perd son nom, comme le dit joliment Brassens), je pense que nous avons eu la même fée penchée sur nos berceaux respectifs.

  6. Tu veux dire qu’à moins de 10 mn à pieds du boulot j’ai de quoi soulager mes contractures, crispations et autres aigreurs et ce pour un prix ridicule ?

    Punaise faudrait peut être que j’ouvre les yeux quand je vais me promener non ?

    En tout cas merci pour le tuyau

  7. Putain, faut que t’arrêtes les consultations médicales quand t’es bourrée aux hormones, sinon ton prochain rdv, podologue ou dentiste, il passe direct à la casserole !!

  8. J’ai pas les yeux en face des trous, et j’ai loupé l’adresse du Graal, ou faut que je passe par les pages jaunes???

    1. Mon ex Graal était à Libourne. Je pense qu’il y est toujours. Bon après, il fait craquer, mais comme t’es une grande folle, ça devrait te plaire. Mais si tu veux délaisser ton prof contre des p’tits jeunes pas chers, y’aura toujours le COS (en plus y’a un mot en anglais-presque-américain dedans, j’ai l’impression d’aller à Hollywood quand j’y vais).

  9. Faut je trouve un COS à Montpell… Mon osthéo n’a pas la voix sensuelle et il a dégrafé mon soutif avec un peu trop de dextérité à mon gout (3 agrafes quand même, je suis pas une fille facile). Quand il m’a fait marcher, la culotte (noire, je le connaissais pas encore)à moitié baissé (la raie à moitié à l’air donc) et que je l’ai entendu marmonné « c’est raide, c’est raide », j’ai prié pour qu’il parle de mon dos et pas de son vier !

  10. J’adore le titre de ce post, et surtout la phrase originale qu’il me rappelle. Parce que franchement, qui peut résister à un « tripote moi la bite avec les doigts » lancé au bon moment hein?

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *