Tournez manèges

canards

Te souviens-tu, mon raton-laveur, comme tu aimais aller à la foire quand tu étais petit(e) ? Te souviens-tu aussi comme tes parents avaient souvent mal à la tête à chaque mercredi et week-end de présence des manèges ? Mais déjà, à l’époque, on te la faisait pas, à toi. Tu les trouvais relous, ces vieux ringards démodés. Comment était-il possible de ne pas aimer tourner au milieu des lumières et de la musique, tout en gagnant des cadeaux et en boulottant des barbes à papas ? C’est fou, ce qu’on peut vite perdre son âme d’enfant (et s’acheter des fringues pourries) lorsqu’on devient adulte. C’était décidé : tu ne serais JAMAIS une adulte.

Et puis, par la grâce d’un coup de jambe en l’air un peu trop appuyé, tu deviens parent. Tu as oublié la foire depuis longtemps. Ton grelot, lui, te fait comprendre que si tu ne l’y emmènes pas, il va s’ouvrir les veines là, maintenant, devant cette pauvre Cendrillon qui n’a rien demandé (on vit une époque de dingues, tu ne trouves pas ?). Alors, tu cèdes. Tu ne voudrais pas passer pour une mère indigne, une daronne aigrie lors des dîners, brimer tes enfants, louper leur jeunesse, toussa toussa. C’est comme le parc, en fait : t’as pas envie, mais t’y vas. En te disant qu’au pire, tu prendras de jolies photos.

Rapidement, tu t’aperçois que tes photos, tu peux te les fourrer bien profond. Tu t’assieds sur les bancs foireux du bord du manège. Et à chaque putain de tour, tu fais « youhouuuu » à ton lardon, l’appareil vissé, comme une demeurée que tu es. Bien entendu, jamais il ne lâchera le volant de sa soucoupe fluo pour te faire une bribe de coucou. Que dalle. Il ne décrochera d’ailleurs jamais les yeux de la fameuse queue de Mickey. La tenancière du manège aura bien vu en toi la mère foldingue (et au porte-feuille bien garni) : elle va coller la queue dans les mains de TON grelot. Qui, au début, n’y prêtera aucune attention. Jusqu’à ce qu’elle lui colle en plein dans la tronche. Bim, un tour de gagné. Sauf qu’à ton grelot, on la lui fait pas deux fois (telle mère blablabla). Maintenant, il a bien saisi qu’attraper cette serpillière armée de virus de la gastro, ça lui procurait un tour de plus, sur un Aladdin qui semble avoir sérieusement abusé de la vodka. Si tu as deux rejetons, tu seras coincée : obligé de payer un tour supplémentaire au deuxième. C’est tout bénef pour la Roumaine au chewing gum, qui manifestement, si elle a séché tous les cours d’orthographe, maîtrise super bien le niveau CE2 en mathématiques.

Mais moi, ce que je préfère à la foire, outre le fait que les forains ne disposent que des albums Dance Machine so 90′ (Charly et Lulu, si vous me lisez), ce sont les gens qui y viennent. Pas les parents dépités comme toi, non. J’aime les foireux et les foireuses, les vrais. Ceux pour qui le temps s’est arrêté en 1993. Ceux qui ont encore des chaînes en or qui brillent et qui dansent le mia. Ceux qui ont leur 205 GTI tunnée garée sur le parking d’à côté. Ceux qui tirent au bazooka sur de pauvres ballons de baudruche (hey, les gars, le ballon, même avec des cure-dents, tu l’éclates) pour gagner une peluche lapin Playboy (c’est toujours très sympa dans un salon). Ceux qui restent plantés des heures, un gobelet à la main, devant la machine qui pousse les pièces. Ou encore qui tapent comme des sonnés dans un ballon de foot (foire + foot = testostéroooone, c’est sûr, Brenda va kiffer grave). Ceux qui trimbalent à leur bras une fille de quinze ans qui se prend pour une voiture volée, et dont on distingue très nettement le clitoris à travers son ultra-slim contrefait D&G.

Et pendant ce temps, Corona fait tourner ses cheveux. This is the rhythm of the night.

Et puis surtout, ne nous leurrons pas : la foire, c’est avant tout la bouffe. Existe-t-il quelque chose de moins gustativement bandant qu’une pomme golden ? Plongez la dans du sucre rouge, plantez-y un bâton, et hop, d’un coup, tu kiffes la golden. Miracle. Et le nougat ? Le blanc, le rouge (surtout). Celui dans lequel tu as peur d’y laisser une couronne. Celui que tu sais très bien qu’il faut le sucer, mais qu’au bout de cinq minutes, tu croques jouissivement à pleine molaire. Parce que c’est trop bon. Tu en profites : tu te prends un shoot de sucre comme d’autres se cament à l’héro’.

Il y a aussi les barbes à papas. Pas chères, tu en achètes souvent aux grelots. Et tu finis par le regretter deux minutes après. Parce que le lardon en question s’est réincarné en bâton de UHU fushia. Les mains, les joues, la bouche, le nez et même le front : tout COLLE. Evidemment, c’est pile ce jour-là que tu as oublié tes lingettes (note : le mouchoir en papier n’essuie rien, il adhère, le con). Tu grugeras donc en plongeant les mains de ta progéniture dans la flotte glacée de la première pêche aux canards que tu croises. Zéro complexes mais cent pour cent méfiance : si un forain te voit, t’es pas à l’abri de finir scalpée.

Et pour finir, comme tout ce sucre, ça donne quand même des envies de gras (tu remarqueras que manger des berlingots ne t’ouvre jamais l’appétit sur des haricots verts vapeur), tu prends un cornet de churros (clin d’oeil inside). Là, on atteint le summum de la gastronomie festive. Qui ne résisterait pas à des churros bien gras, roulés sous les aisselles d’une gitane pas épilée ? Hein ? Je le savais. Tu te rassures : au moins, elle porte des gants. Ce qui ne l’empêchera pas de se gratter le nez, remettre son string, tousser, et essuyer une fiente et son front graisseux avec ses mêmes gants. Tu fermes les yeux, au sens « propre ». C’est pas grave, c’est foire.

C’est bon, tu as eu ta dose. Tu es bien. Ton taux de cholestérol et ta glycémie sont en plein gang-bang. Tu es enfin prête pour attraper des peluches merdiques avec des pinces qui ne pincent plus depuis quinze ans. Si ça, ça ne mérite pas aussi un petit sachet de chouchous…

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Edit : Navrée pour les changements d’en-tête, j’ai un peu galéré avec la mise à jour de mon template, mais tout va mieux (traduction noob : le look du blog a fait des siennes, mais je l’ai maté)

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9 thoughts on “Tournez manèges

  1. Moi aussi j’ai fait youhou à mon ingrate de progéniture qui n’a jamais daigné me décrocher un sourire, en mode lobotomisée du début à la fin!
    Merci pour l’astuce lavage de mains dans la rivière des canards, ça sent le vécu… Mdr comme disent les djeunes!

  2. Et toi qui n’avais pas assez de moyen et qui t’es offert le manège ÉVOLUTION…
    Celui ou personne ne va…celui à 3 euros…
    Celui avec les graffs les plus rétros…
    La minette en monokini version bien remonté sur les hanches comme Chris Monrow….
    La Renault 19 cabriolet rouge avec des flammes sur les cotés…
    L’Apache à droite avec un aigle sur l’épaule…
    Toi, c’est le Johnny que tu arbores sur celle de droite.
    Sur celle de gauche, le cœur que tu as fait toi même avec ton aiguille et ton encre, à 12ans, quand tu t’es promis fidélité avec brenda lorsqu’elle t’as appris qu’elle avec un grelot dans le tiroir (là, tu n’avais pas compris le coup du grelot, tu confondais avec des boules de geisha).
    Tu es beau, dans ton survêt blanc, sous lequel on devine ton slip Armani
    Tu es fier avec ton iphone à la main, la bière dans l’autre,
    Tu t’ennuies dans ton aquarium aux néons bleus, ceux qui te font la peau aussi lisse que tes voûtes plantaire enfermées depuis 1995 dans tes Air-Max Pump.
    La dedans, tu attends le client, laissant transparaître toute la clarté, la limpidité, la transparence de ton âme…
    Et tu regardes en face de toi une Samerlipopette, qui montre à ses deux grelots, « comment que tu peux encore trop bien la faire tourner ta couette sur les rhythms of the night, the niiiiightttt, HO YEEEAAARRRR…. »

  3. je viens de lire ton billet+ celui du parc…Merci pour cette barre de rire! Franchement!!! le parc ,honnêtement j’y fais de l’exercice…je cours toujours après mes enfants …donc il faudrait ajouter une troisième catégorie…voire une quatrième, les parents anxieux qui surveillent ceux que personne ne surveille…

    Quant à la fete foraine, ici on anticipe…(2/3 tours de manège pas plus) et on ne mange pas (je suis la mère mégère!) même si au lieu du churros, barbapapa, ici c’est plutot pizza et glace (mais la glace ça colle aussi…)

    1. Le parc, j’ai décidé d’abandonner. Et puis j’ai trop l’impression d’être en récré : j’ai envie de mettre parents et enfants « au coin quelques minutes pour réfléchir à leur comportement ». Autant te dire que ça passe pas.
      Quant à la foire, les tours de manèges sont une excuse pour que MOI, je me baffre de junk food gitane ! Indigne, quand même.

  4. Ah voilà pourquoi la queue de Mikey « tombe » toujours dans les mimi,es de l’un dèmes TROIS gamins ! Et moi qui finissais pas les engueuler et les menacer de tous les pires outrages s’ils l’attrapent !!

  5. J’ai bien ri, c’est vraiment ça, ne manque que le sandwich acheté au camion(tenu par le cousin de la dame aux churros)qui te file une bonne gastro (viande hachée de 15 jours? mayo restée en plein soleil? mystère…)C’est pas grave, c’est pendant les vacances…

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