La Dream Team, le reflux et le gluten

tisane

J’ai connu, pendant des années bien trop longues, le blues du dimanche soir et la déprime des matins, quand on traîne des pieds pour aller bosser, voire quand on a une boule dans le bide à vous couper la chique tout net. Ces années où on sait qu’on a choisi la bonne voie, mais où le mouvement les éléments se liguent contre vous, et où on a juste l’impression d’être ni à la bonne place, ni au bon moment. Parfois même, l’éventualité de coucher avec un patron un peu crade pour obtenir un poste sympatoche devient limite enviable. J’ai dit limite.

C’est la merde des débuts, celle qui fouette grave et qui colle au derche bien comme il faut.

Et puis un jour, à la faveur d’une schkoumoune moins grasse, on obtient enfin le poste tant rêvé. Si, je t’assure, ça arrive. J’ai trouvé mon Graal il y a quelques années, retrouvant ainsi une bande de joyeux lurons que je connaissais déjà. Ma bande, c’est la Dream Team, rien que ça. Je t’en ai parlé et (<– oui, il faut cliquer).

Mais cette année, il y a eu quelques menus changements.

Pour commencer, et pour te mettre dans l’ambiance, nous avons une nouvelle EVS, c’est-à-dire une secrétaire de direction. Pour la prose, nous l’appellerons Uranium, parce que c’est une bombe, et qu’elle déménage. Uranium, elle fait hyper sérieuse. Couette haute bien tirée, maquillage au millimètre, chaussures qui brillent et chemise repassée, elle a la grave la classe. Tous les matins, quand elle se pointe, t’as l’impression qu’une inspectrice vient te rendre une petite visite. A côté de mes Stan Smith dégueulasses et du seau à compost d’Alcaline qui trône environ 80% du temps dans l’entrée de l’école, autant te dire qu’elle en jette. Figure toi qu’avec Uranium, on a encore tiré le gros lot. Pour te donner un exemple, chaque année, elle fait un poisson d’avril à la maîtresse du moment de son fils (déjà). Cette année, avec son mari, ils avaient prévu ni plus ni moins de proposer un plan à trois à l’instit coincée du gamin, en pleine réunion. Ça te donne une idée du potentiel de la dame. On ne sait pas si elle sera là ou pas l’an prochain, mais je me dis que si elle reste, il y en aura sous la semelle.

Alcaline, elle, quand elle ne laisse pas traîner ses épluchures en putréfaction dans l’entrée, est redevenue notre maîtresse surnuméraire à mi-temps. Il faut savoir qu’Alcaline, elle a le chic pour te coller dans l’ambiance directement. Genre dès le jour de la pré-rentrée, où elle nous a fait appeler le SAMU parce qu’elle avait mangé une figue. Une putain de figue. Alcaline, elle te déclenche des allergies incroyables au moment où tu t’y attends le moins. Là, elle croque, et bim, elle nous prévient qu’elle ne se sent pas bien, qu’elle a des symptômes qui ne trompent pas, et qu’elle a déjà la lèvre inférieure qui s’engourdit bien comme il faut. Il aurait fallu que tu nous voies, la Clique et moi, plantées devant Alcaline qui causait par téléphone au toubib du SAMU. Surtout quand le type lui a demandé de décrire ses symptômes, et qu’elle a précisé que non seulement elle avait la lèvre et les oreilles qui gonflaient, mais aussi (et surtout) qu’elle était à deux doigts de s’arracher le tanga tellement son frifri la démangeait. Il est probable qu’au moment où Alcaline était susceptible de nous faire un œdème de Quincke d’une seconde à l’autre, la Clique et moi ayons eu un des plus gros fous rires de nos vies.
Là, tu te dis qu’elle a déjà bien planté le décor et que ça pourrait s’arrêter là. C’est bien peu la connaître. Cette année, Alcaline a commencé la pole dance. Enfin, plus exactement, la barre au sol. Tu imagines, les petits rats de l’opéra qui font des trucs de jambes agrippés à une barre ? Et ben, c’est pareil, mais couché par terre. Je te jure. La première fois, j’ai cru qu’elle se foutait de ma gueule. Enfin, jusqu’à ce qu’elle nous fasse une démonstration sur la table de la salle des maîtres (manifestement, il n’y avait pas assez de place par terre). J’ai prié tellement fort pour que l’inspecteur arrive à ce moment là, si tu savais.
Ce qui est chouette, avec cette histoire de maîtresse surnuméraire, c’est qu’au lieu de passer ses journées dans la classe à côté de la mienne, là, elle est carrément DANS ma classe, avec moi. Et on se marre comme des baleines, parce que les CP, quand même, ça peut être sacrément concons parfois.

La Clique énerve donc toujours à peu près tout le monde tellement elle rentre encore dans son 34. Je pense que l’intégralité de l’équipe est amoureuse d’elle (mais surtout Job, quand même). La Clique, elle ne marche pas, elle court. Et je peux t’assurer que ce n’est pas au figuré. Elle court vraiment, d’un point A à un point B. Et avec des talons. Même quand elle n’est pas sobre (ce qui est finalement assez fréquent pour être mentionné).
Cette année, en moins de 24 heures, La Clique a successivement mis son appart en vente sur le bon coin, vendu son appart deux heures plus tard (deux vraies heures) puis acheté une super baraque. Enfin, elle a acheté une semi-ruine, mais ne chipotons pas (et puis maintenant, on peut vanner, elle emménage bientôt). La Clique, elle ne sait pas dire non. Elle dit oui à absolument tout. Aux projets hyper chiadés (de Chuck) et aussi ceux un peu foireux (les miens), aux élèves avec lesquels on rame et globalement à tous les trucs plus ou moins abracadabrantesques qui lui passent sous le nez. Elle est comme ça, elle est toute petite, mais c’est une grande nana. C’est aussi, et je pèse sincèrement mes mots, la fille la plus drôle que je connaisse. On se marre, t’imagine pas. C’est la reine du jeu de mot sur prénom. L’aire de son cerveau associée à la connerie est en ébullition à peu près tout le temps, c’est incroyable. Je l’aime d’amour. Un jour, je voudrais qu’elle écrive un roman sur sa vie. Elle le sait, je lui ai dit. Elle est de celles qui ont eu une vie complètement folle. La Clique, c’est la preuve vivante qui rend au centuple à l’école ce qu’elle lui a offert. La Clique, si elle était ministre, c’est toute l’Europe du Nord qui viendrait nous lécher l’oignon.

Job, notre presque unique garçon de la troupe, a donc encore souvent envie de se défenestrer à force de se cogner des dégénérées comme nous. Tu collerais un moine bouddhiste dans une émission de téléréalité que ça ferait la même chose. On piaille, on rit plus fort que tout, on couine, on crie, on saute sur place, on se saute dessus… Et au milieu de tout ce merdier, il y a Job.
Mais Job, depuis quelques temps, quand il est au milieu de notre joyeux bordel, il ne dit rien, mais il sourit en coin. On le voit bien, qu’il nous aime quand même, mais on fait semblant de ne pas le voir, pour qu’il pense toujours qu’on croit qu’il est sérieux et distant.
Job, aussi, il fait des courses. Mais attention, pas le running à la mode des tapettes de blog, non. Des trails de plus de cent bornes dans la montagne. Ce type a des burnes plus grosses que la pleine lune. Cet automne, il est carrément parti faire une des courses les plus difficiles du monde, à La Réunion. La diagonale des fous, que ça s’appelle. Cent soixante kilomètres. En courant, donc. Déjà, en bagnole, ça me fatigue, alors je te laisse imaginer en courant. C’était le cadeau de ses cinquante balais. Le mec, il pouvait s’acheter une moto, l’intégrale d’Elvis ou un Scrabble collector, mais non, il se paie quarante-deux heures de course. S’il faut pas être con. Enfin, la vérité, c’est que quand il court, il met des collants. Et ça, je peux te dire que ça fait sacrément fantasmer du monde.

Chuck est toujours incroyablement incroyable. C’est la nana qui t’agace tellement elle est pro. C’est la première de la classe, belle et punk, tellement cool que t’as juste envie de lui coller des baignes. Il n’y a pas une seule matière où elle n’excelle pas, et tout l’intéresse. Absolument tout. Du coup, on cherche ses défauts. Un jour, je suis entrée dans sa classe pendant qu’elle était avec ses élèves. Une histoire de papier à faire tourner. Je me suis dit que j’allais voir ne serait-ce que des détails qui me conforteraient dans l’idée que cette personne a été envoyée sur Terre par des aliens pédagogues pour changer la face du monde, mais non. Pour un problème, sur le tableau noir de la classe, elle avait tracé un tableau à double entrée à la règle. A LA RÈGLE. Avec toutes les colonnes et les lignes homogènes. J’ai failli chialer tellement c’était beau. On se rassure toutes en se disant qu’elle a presque l’âge d’être ma mère, ce qui nous laisse encore un peu de temps pour progresser.
Sinon, elle ne vapote plus de pot d’échappement tunné, et comme elle continue le karaté (et qu’elle est aussi balaise en coup de pied sauté qu’en numération), on évite toujours de trop lui chercher des noises. Et pour ajouter un peu à son côté punk, Chuck a récemment fait un stage de fauconnerie. De fauconnerie, les gars. Ouais ouais. Avec des buses, des aigles et tout le bouzin de ces saletés de piafs plus gros qu’elle. Elle est dingue.

Sésame, elle, mange toujours des graines.

Cette année, la grande mode dans la Dream Team : le RGO, c’est à dire le reflux gastro-œsophagien. Ce truc semble tellement tendance cette année que j’ai limite les boules de ne pas avoir de symptômes (même si Sésame m’a clairement prédit un avenir intestinal des plus funestes). La Chef et Alcaline ont élu domicile chez une phoniatre pour une petite fibroscopie finalement très positive pour les deux. Dix mois que j’entends parler de fibroscopie entre le croissant et le café. Vivement que des problèmes de transit nous amène tous à relancer l’utilisation massive des coloscopes, qu’on se marre encore un coup. Toujours est-il que je connais désormais la liste quasi exhaustive des aliments acides, de ceux avec gluten, des tisanes au fenouil ou au thym du jardin, avec oméga-ta-mère et oligo-chose, ainsi que ceux qui sont yin et yang. C’est intellectuellement épuisant et toutes ses histoires de bouffe me donnent clairement envie de boulotter des Snickers, ce qui je crois, n’est pas tout à fait le signe d’une santé mentale harmonieuse. La salle des maîtres s’est donc petit à petit transformée en annexe de maison de retraite. Ça sent le pisse-mémé à dix bornes, siroté sous un plaid et sur les coussins du canapé. Les gars, mes Snickers et moi, on se sent seuls.

Et puis, cette année, on a eu deux petits nouveaux : les Bleus, des bébés maître et maîtresse, un mâle et une femelle. Comme des perruches, quoi. Des stagiaires qui ont hérité de l’ancien poste d’Alcaline. Autant te le dire tout de suite, ces deux là n’ont rien à voir avec les deux stagiaires boulets que je me suis coltinée l’an dernier. La Bleue est arrivée très enceinte et a repris récemment. Elle court partout et on la voit peu. Mais Le Bleu a fait l’année toute entière avec nous. Il voulait que je dise ici qu’il est super canon, alors comme c’est vrai, je suis obligée de l’écrire (par contre, je ne sais pas trop bien si je dois écrire qu’il m’a tripoté les seins à la photocopieuse ou pas). Le Bleu, il est toujours content de venir. Il saute partout et il sourit tout le temps, on dirait un gosse au milieu des gosses tellement il kiffe. En plus, avec leur formation, ils ont plein d’idées super chouettes qu’on tente de leur extorquer régulièrement. Le Bleu, c’est un peu le bébé de Job, parce que lui aussi, il fait des courses pour gens pas tout à fait nets (et il met aussi des collants) (j’ai chaud) (enfin je crois). Le pauvre se retrouve souvent coincé entre mes insinuations graveleuses et les blagues salaces de La Clique. Alors on sait qu’il a envie de mourir sous la table, mais il met les mains devant ses yeux, et puis il rit comme un cachalot. Il sait que bientôt, il sera bazardé sur un poste loin et pas cool, et que notre école est sacrément chouette, donc il profite à fond. Et ça fait plaisir, t’imagine pas.

La Chef a arrêté de fumer la moitié de la Colombie et, quand elle a eu fini de chouiner sur les tomates et les Magnum double qu’elle ne pourrait plus boulotter devant la télé (rgo reprezent), a décidé cette année de mettre de l’ordre dans sa vie. Au sens propre comme au figuré. Elle a commencé par acheter, malgré mes protestations intensives, le livre diabolique de Marie Kondo, la gogole japonaise qui t’explique comment être heureuse en rangeant tes livres par couleurs et ton mari dans des grands sacs poubelle noirs (à peu près). Elle a bazardé la moitié de sa maison (mais pas son mari), faisant ainsi de la place pour un vélo d’intérieur probablement très inesthétique mais apparemment fondamental, ainsi qu’à sa collection grandissante de mugs Disney. Moi, je lui dis toujours oui oui, avec les sourcils levés, parce qu’elle est un peu givrée, quand même. Je veux dire, elle a un pistolet Buzz l’éclair dans le tiroir de son bureau de directrice. Un jour, on y retrouvera un flacon de gnôle que ça ne nous étonnera pas. La Chef, qui était donc ma seule alliée dans la débauche calorifère (Chuck se nourrit exclusivement de salade verte et de maïs, et La Clique n’aime pas le sucré), m’a lamentablement abandonnée, pour faire tremper de fucking sachets de tisane qui schlingue dans des litres de flotte. La traitresse.
Forte de plonger lentement mais sûrement dans le courant bio-bobo-écolo initié par Sésame (rendons à César), La Chef découvre la réalité de l’écologie et s’insurge donc contre Monsanto, à grands renforts de mails de propagande pro-vinaigre blanc et bicarbonate de soude. J’attends donc, avec une impatience à peine dissimulée, qu’elle se mette elle aussi aux toilettes sèches et à la cup menstruelle.

Voilà donc les dernières nouvelles de mon équipe de chic et de choc. J’oublie des choses, volontairement et involontairement. Les équipes bougent peu, et les nouveaux pleurent toujours lorsque l’année se termine. Il y a des hauts et des bas, mais jamais de clans, et je crois que c’est ça qui fait que ça colle. Même si on a, à certains moments, davantage d’affinités avec l’un ou l’une, tout ce petit monde vit au sein d’une micro-société ma foi bien réglée. On s’écoute, on bosse bien, on s’engueule, on se soutient, avec nos bras et nos regards, aussi. Chaque matin, quand j’arrive et que j’allume les lumières de la salle des maîtres, la photocopieuse et la machine à café, je souris bêtement, parce que je sais la chance que j’ai de faire partie de tout ça. Il n’y aura jamais assez de billets de blog ni de mots pour dire combien j’aime cette alchimie qui se créée chaque année en ces lieux qui ne m’appartiennent pas, mais que j’ai fait miens. Combien j’aime chacun d’entre eux à leur manière, et combien, même si ce ne sera pas certainement pas toujours rose, je voudrais que toute cette bonne humeur dure sinon toute la vie au-moins bien longtemps, comme un souffle chaud qui ne s’arrêterait plus.

Dorénavant, je sais non seulement que j’ai choisi la bonne voie, mais aussi que je suis à la bonne place et au bon moment. Et ça, les gars, ça n’a pas de prix.

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Les Stagiaires en culotte courte, ép. 2/2

jenemontrepasmesfesses

Mes oies cendrées,

Aujourd’hui, je vais te parler du retour de la série hivernale tant attendue des Stagiaires. Je clôture cette épopée non sans mal, avec un bilan en demi teinte, et un article que je me sens un peu contrainte d’écrire, mais qui ne m’excite pas le clito plus que ça. La bonne nouvelle, c’est qu’après, on pourra parler d’autres choses (j’ai plein d’idées d’articles, autant te dire que c’est pas tous les jours).

Bon, je dois t’avouer qu’après l’épisode de novembre, on ne peut pas vraiment dire que j’étais hyper emballée à l’idée de retrouver mes deux ficus de fond de classe. Et à voir leurs tronches, c’était vraisemblablement réciproque.

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Les Stagiaires en culotte courte, ép. 1/2

darwincoincoin

Mes chouettes hulottes en culotte,

Aujourd’hui, je vais te parler de ma nouvelle lubie : les stagiaires. J’ai accueilli deux de ces congénères dans ma classe pendant deux semaines, et je peux te dire que la réalité a dépassé toutes mes espérances.

Séquence flashback.

Quand j’étais en PE1 et que je préparais le concours à feu l’IUFM, on m’a naturellement collée dans des classes afin d’observer le biniou. Les gonzes se sont dit qu’ils allaient s’assurer qu’en restant six heures par jour à se faire chier le cul sur une chaise de nain en plastique, on allait quand même grave kiffer notre race (le fonctionnaire est naïf) (en plus d’être surpayé).

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