« Raymond, envoie le surimi-crudités ! »

J’ai cédé. Je suis une merde sentimentale, affublée d’un gène Brigitte Bardot.

Hier, petite balade à Jardiland pour faire un coucou à Zhom, et comme d’hab’, on fait un passage par les lapins, souris, rats, gerbilles, poules (si, si !) et autres animaux à poils qui puent (mais ça on oublie de te le dire, sur la petite pancarte, que ta boule de poils va pisser et chier des montagnes de mini-bouses, qui sentiront aussi forts que des grosses)… Finalement, après s’être extasié sur les poules à houppettes qui font des bruits de poussins (et non le traditionnel « cot-cot-cot »), Coin-coin s’est littéralement rué sur les aquariums blindés de poissons rouges. Bulle a suivi, il faut dire qu’elle a déjà eu droit à l’expérience, quelques années auparavant.

Un poisson rouge, quand tu es devant le bocal géant qui en compte une centaine, tu te dis que c’est quand même pas la mer à boire (haha). Tout au plus changer l’eau de l’aquarium quand il te tombe un bras (et quand le poisson commence à nager à l’aveugle). C’est comme quand on a un enfant, et qu’on voit ceux qui en ont trois ou quatre, on se dit qu’on peut bien en pondre un de plus. Ou presque. Quand Bulle a eu l’âge de Coin-coin, elle m’a fait le même coup devant les poiss’cailles en bocaux. J’ai fondu devant ses grands yeux envieurs.

Quelle conne j’étais. Oui parce que dans ma Brigittitude, j’arrive quand même à trouver le poisson rouge « mignon ». Pourtant, à y regarder de plus près, ça reste la plus sommaire des bêtes. Une mémoire vive de 2 octets, un œil aussi expressif qu’un ravioli, et une interaction avec l’humain à peu près aussi proche que celle que j’entretenais avec feu mon ficus. Mais que nenni, l’impulsion du moment, le petit aquarium pratique à 10 euros, et le poisson à un euro. D’ailleurs, à ce prix-là, autant en prendre un pour chaque lardon, et puis plus on est de fous, plus on bulle. Tout le monde était content (ça rend guilleret, de savoir qu’on va agrandir la famille pour pas grand chose). Tous fiers de notre aquarium chinois premier prix, on s’en va donc voir Monsieur Animalerie, en lui demandant deux poissons rouges.
Et là, le monsieur en question, encore plus Brigitte que Bardot, refuse de nous vendre les deux poissons, au motif que notre aquarium ne faisait « que » dix litres, et que vous comprenez Madame, il faut 40 à 50 litres d’eau pour un seul poisson rouge, et que quand on prend un animal, Madame, on doit s’en occuper au mieux, vous comprenez, et il faut changer l’eau à moitié au moins une fois par semaine, parce que vous comprenez, Madame, que c’est important de renouveler son environnement, et il faudra faire moitié eau osmo-chose, moitié bactérie, parce que c’est bon, pour la santé personnelle du poisson rouge, la bactérie, vous comprenez, sinon, il s’intoxique à petit feu dans ses propres déjections, vous comprenez, Madame, quoi…
Quoi ? Non mais c’est quoi ce délire ? Moi aussi j’ai besoin d’espace ! Pourtant, on vit à 4 humains, un chat et quelques araignées dans un appart’ de 80m² ! A choisir, c’est sûr que pour mon bien-être personnel, j’habiterais une grande maison de 400 m² en plein Talence, avec jardin, balcon, barbecue et jaccuzzi ! Notre vendeur devait faire un « léger » transfert de sa vie sur le tragique destin de 99% des poissons rouges qu’il vendait : finir dans un studio miteux de 17 m², seul, à tourner en rond, dans sa propre merde. Toujours est-il que j’ai du prendre, devant tant d’explications, un air très réaliste de merlan frit, puisque Brigitte m’a lancé un regard noir, suivi d’un « tssss ». J’ai quand même osé un timide « … c’est-à-dire que bon, ça reste QU’UN poisson rouge… ». Un mot de plus, et il s’immolait devant moi.
J’ai finalement trouvé une vendeuse nettement plus sympa et certainement plus sociable, qui se contrefichait de l’avenir de son banc de poissons rouges comme de sa première culotte, et qui m’a vendu mes foutus poissons. Bulle est restée dans le classique, elle en voulait un tout simple, tout orange. Coin-coin, lui, en voulait un orange et blanc.
On se balade, et on réfléchit aux prénoms des futurs nouveaux locataires. J’aime ce moment. Je voue une passion secrète pour les prénoms. Rien ne reflète plus ce qu’on projette sur son enfant que le prénom qu’on décide de lui donner. Mais pour les poissons, ce fut l’occasion de mesurer toute l’étendue de l’incompréhension mère-enfants :

moi : « Bulle, tu as trouvé comment tu allais appeler le tien ? Des idées pour celui de ton frère ? »
Bulle, après quelques minutes de réflexion : « Moui… J’ai pensé à Rémus et Romulus. »

Bordel de cul… Rémus et Romulus… N’importe quel lardon de 8 ans et des brouettes aurait sorti « Tic et Tac », ou bien « Dora et Chiper », ou encore « Tom et Jerry », voire même « Justin et Bieber » ! Non. Il a fallu qu’elle me trouve Rémus et Romulus. Je suis sûre que plus tard, elle sera du genre à appeler son chien « Wolfgang Amadeus ». Non. Suffit, les gosses d’instit’, chiotte ! Princesse-d’amour-de-toute-ma-vie, tu vas me faire le plaisir de trouver des prénoms un peu moins… intellectuels, merci… Finalement, elle optera pour « Raymond », qui me semble un nom tout à fait approprié pour un poisson.

Quant à Coin-coin, je me baisse, prends ma voix de maman la plus douce (oui, parfois, je sais faire), et lui demande : « Alors, mon chéri, comment tu vas l’appeler, ton poisson ? ». Ce à quoi il m’a répondu, avec étonnement et lassitude : « Et bé ! Ze va l’appeler comme ça : POIIIIIIIIII-SSOOOOOOOOOOOOOOOONNN !!! » En hurlant. Ben oui, je suis conne aussi, faut dire.
Puis la gentille Madame-sans-transfert-sur-poisson rouge, est venue nous demander de choisir. Bulle, sourire énorme, lui montre son futur Raymond. Elle l’attrape. Puis ce fut au tour de Coin-coin, les yeux gros comme des planètes, qui suivait, bouche bée, la danse collective de la tribu aquatique. « Alors, mon garçon, tu veux que je t’attrape quel poisson ? ». Réponse enjouée de l’intéressé : « Ze veux CE surimi ! ». Un surimi. On lui avait encore jamais faite. Je crois qu’elle a fait pipi dans sa culotte, la Madame. En tout cas, le prénom était tout trouvé !

Une fois rentré, Coin-coin a contemplé le cube transparent, avec les deux êtres frétillants à l’intérieur, et il m’a demandé : « Maman, c’est quand qu’on les manze avec la mayo et le kecht’up ? » Si, si. J’ai un fils cannibale. Ou Japonais.

Voilà donc comment Raymond et Surimi sont donc arrivés à la maison. Oui, je sais, je dis toujours à la « maison », même si c’est un appartement, mais, c’est que j’ai des goûts de poisson rouge moi, vous comprenez, Madame, quoi.

Est-ce que tu les sens, toutes les émotions, au travers de ces yeux si expressifs ?
Rendez-vous sur Hellocoton !

11 thoughts on “« Raymond, envoie le surimi-crudités ! »

  1. Euh ouais moi la seule différence que je note entre les deux poissons, c’est qu’il y en a un qui se croit à la plage avec ses nageoires en éventail. Raymond donc. Ou alors il fait le fier, comme un coq, mais faudra lui dire que c’est une nageoire, pas une crête.
    Et donc, c’est prévu quand l’apéro surimi-mayo-ketchup?
    Oups désolée, c’est plus d’actualité?

    1. Tout est dans les nageoires ! Surimi a du blanc. Quand il a montré le flot de surimi à la Madame, elle en a chopé un au pif, et comme elle avait pas les yeux en face des trous (ou alors qu’on voit pas bien les détails, vue d’au dessus de l’eau) elle a attrapé celui là, voyant un peu de blanc. M’enfin c’est point trop grave !
      Et pour l’apéro, ben oui faudra attendre un peu encore.

  2. Ouais et même que les poissons au fond de l’aquarium quand ils avalent le gravier pour le recracher,ils avalent leurs excréments !
    Alors vivons poisson mangeons du cacabon.

    1. Hé oui, DIEU MERCI, les deux ont suivi leur tragique destin funèbre avec les restes non digérés de nos derniers repas.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *