Man vs wild, ou la complainte de l’Homme enrhumé

man vs wild

L’Homme est petit, mais l’Homme est fort.

L’Homme fait des arts martiaux avec des chinoiseries de ninja dedans, il lit des Comics et des mangas avec des gens qui se tapent dessus très fort, il écoute de la musique de chevelus qui font beaucoup de bruit, il regarde du Free fight avec du sang à la télé du dimanche soir, il dit aux grelots que c’est le plus fort des papas, il aime quand je fais semblant de ne pas arriver à ouvrir un pot de confiture, il possède un couteau népalais, des sabres chinois et vietnamien, et même l’épée squelette de Conan le barbare.

Quand il enlève son t-shirt, l’Homme retient toujours son souffle et rentre le ventre, bombe le torse, le regard ému vers ses abdos, niant autant que possible l’emballage qu’il y a autour. Ensuite, l’Homme fait comme Hulk : il serre les poings devant la glace et regarde dans le miroir ses biceps encore pas mal, mais toujours du côté du tatouage. Inspection complète systématique à chaque retrait de t-shirt, des fois qu’un jour, il manque un truc.

L’Homme, chaque soir, met un point d’honneur à faire des pompes et des étirements millimétrés dans la cuisine, sans oublier de boire deux gorgées d’eau après chaque série de dix (toujours se méfier de la déshydratation). Il se met toujours en tenue spéciale-entraînement (boxer compris), et termine toujours sa séance par des enchaînements dignes de Tortue Géniale et de Bruce Lee. Parfois, j’ai l’impression d’avoir presque-épousé Chuck Norris. Et c’est un peu dur.

A la télé, l’Homme regarde parfois Man vs Wild. Il tente de mémoriser comment survivre dans le désert de Gobi ou au fond d’une crevasse en Alaska. Il a raison, l’Homme. Il a été livré sans boussole interne. C’est pas de sa faute, mais c’est un sacré merdier pour trouver le Nord (et l’aspirateur). Il dit que le type de l’émission, il est fort. Pas parce qu’il mange des yeux de poisson avariés, mais parce qu’il sait survivre comme Mac Gyver, sans la nuque longue. Il dit que du coup, lui, comme il n’a pas non plus de nuque longue, il saurait braver les crocodiles, se battre contre un tigre, résister aux attaques de mygales, traverser sans broncher un fleuve gelé, repousser les Manchus et zigouiller n’importe quel tyrannosaure sans sourciller.

Enfin… Excepté si le tyrannosaure en question revêt la forme d’un quelconque microbe…

Car l’Homme, comme tous les autres, est une vraie fiotte au moindre nez qui coule. Si le contenu du mouchoir vire au jaune, on est parti pour quelques jours interminables de chouinage intensif. Et vas-y que je geins toute la journée. Quand je pense qu’on surnomme cette espèce « le sexe fort », ça me fait quand même un peu rire les cuisses.

Alors que toi, en plein combo gastro-fièvre-ébola, tu tiens le coup sans broncher, une fois enrhumé, l’Homme, lui, ne se sent plus bon à rien. Il se sent faible et démuni. Donc, il geint. Sans cesse. Il trouve qu’il fait tout le temps trop froid, ou trop chaud. Attends, il aurait pas de la fièvre par hasard ? Quand tu lui proposes de se prendre la température, il refuse. Pas la peine, il SAIT qu’il a de la fièvre. C’est bien simple, même quand il n’en a pas, il en a, c’est tout. Et c’est toujours au moins 39.

Phénomène étrange : lorsqu’un grelot est malade, il sait direct où se trouve le Doliprane à la fraise dégueue, et par la même, le tiroir à pharmacie. En revanche, lorsque lui est malade, impossible de mettre la main sur ce foutu tiroir. Il a même oublié le sens du mot Do-li-prane. De toute façon, il parait que les médicaments, ça sert à rien. Son système immunitaire de compèt’ va vaincre l’épidémie avant que je n’ai eu le temps de dire Kleenex.
Ou pas.
Du coup, au lieu de se remémorer le trajet menant du canapé au tiroir à pharmacie, il préfère prendre une voix d’outre-tombe, et te demander : « Chériiiiiiie… Tu voudrais pas m’attraper un médicamennnnnnnnt, Amouuuur… S’il te plaiiiiit, mon coeuuuur… Je sens que je décliiiiiine, Chaaaaaat… ».

Étonnamment, l’Homme enrhumé connait les mots doux.

Le problème, c’est qu’on ne me la fait pas, à moi. Et que s’il ne bouge pas son fion tout seul, on devient bonne à faire garde malade pendant trois mois d’hiver. Je lui réponds donc, de ma plus tendre voix, que s’il est si malade, la pharmacie est à 300 mètres et qu’il a qu’à se remuer le derche pour aller se chercher ses médocs. Evidemment, il le prend mal, fausse excuse pour ne pas y aller. Aller chez le médecin ? Il ne sait même pas comment il s’appelle. Mais quand même, je voudrais bien voir la tronche du toubib qui verra arriver un potentiel chikungunya, qui s’avérera en fait être un rhume de mauviette. Ou comment Tortue Géniale devient Franklin.

Mais ce qui est prodigieux, c’est le processus de régression qui s’opère à la moindre petite toux, particulièrement quand j’ignore ses complaintes ou que je le renvoie, lui et ses supposés germes radioactifs, sur les roses. C’est justement là qu’intervient la belle-mère. Car il va se mettre à comparer la manière dont tu le traites, avec tous les bons soins que lui apportait sa petite mamounette chérie quand jadis, il était malade. Parce que tu comprends, ELLE, elle s’occupait de lui. Pas à le laisser crever comme toi. Par exemple, quand il avait mal à la gorge, elle lui achetait des bonbons à sucer. Et de suite, ça lui faisait du bien, à sa gorge. D’ailleurs, là, tant qu’on en parle, il sent qu’il a mal à la gorge, et qu’au lieu du Strefen, il ferait mieux de gober quelques Kréma. Deux minutes avant, il pensait que peut-être, il avait du mal à avaler sa salive. Mais avec un bonbon, de suite, ça fait moins mal. On a démontré les effets du sucre sur la danse des abeilles, je pense arriver à des conclusions similaires sur le sexe masculin.

Ah, et manger. C’est dur, de manger, quand on est malade. On n’a pas faim, rien ne fait envie. D’ailleurs, l’Homme se tâte à se mettre à table, ce soir. Ou alors si, mais il voudrait un peu de soupe. Avec des morceaux de patates dedans, comme lui faisait sa maman (encore elle). En revanche, sa gorge va nettement mieux si on cause de s’enfiler un Giant Big Mac.

Dans une ultime quinte de toux, l’Homme te demande de prendre un carnet, pour noter ce qu’il aimerait voir sur son épitaphe. Quand il te dicte du Baudelaire, et qu’à la place, tu écris « Nous aura pété les burnes jusqu’au bout », il fait la gueule en clamant tu es le pire être humain que la Terre ait jamais porté, qu’il est incompris, et qu’il est à deux doigts d’appeler sa mère pour se plaindre (toujours elle, bordel). Et nia nia nia.

Débarrasser le lave-vaisselle s’apparente à franchir l’Himalaya en string de bain. Plier le linge revient à traverser un marécage rempli de piranhas. Les enfants font trop de bruit, il faut les mettre au lit, y’a rien à la télé, pourquoi il n’a pas de barbe, il y a trop de lumière, le plaid sent mauvais, le chat a des puces, ses cheveux sont trop longs, y’a plus de Nutella, il faut l’ignorer, faire comme s’il n’était pas là, non vraiment ne pas lui parler, ne pas le toucher même…

Non, vraiment, plus rien ne lui fait envie.

Du tout du tout du tout.

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En revanche, une petite pipe…

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17 thoughts on “Man vs wild, ou la complainte de l’Homme enrhumé

  1. Mon homme doit avoir une double vie et tu es aussi mariée avec ….
    Comme je suis soulagée de voir que tout ça tient de la génétique et que je n’ai pas épousé la pire taffiotte de la terre !!
    Et en plus le mien il est médecin ET militaire : un genre de Dr Rambo House quoi ; mais ça change rien , s’il le microbe le touche il meurt bruyamment et longtemps !!

    1. Finalement, Dr House, Rambo ou Chuck Norris, ça ne change rien. J’aimerais bien savoir ce que ça donne chez les filles qui ont un mec qui se prend pour Candy.

  2. Me souviens d’être rentrée un jour dans la maison avec une pelle sur l’épaule, et lui demander « oùs que je fais le trou pour t’enterrer ? ».

  3. ah ah ah ah ils sont tous pareils !! Le mien a cru qu’il faisait une crise cardiaque hier, alors que c’était juste une douleur intercostale. En pleine gâterie justement… Ca lui a coupé la chique, si je puis dire 😉

  4. Je préfère avoir mes 4 gosses malades en même temps plutôt que le Jules. D’ailleurs les gosses tremblent aussi düs qu’il éternue: « ah non, ah non, viiiiite un grog, sinon il va être malaaaade et on en a pour 3 semaines de plaintes! »
    Ils sont médisants. C’est juste qu’il en profite pour travailler son côté drama-queen: « Quoi, tu as oublié de passer à la pharmacie alors que je suis à l’agonie?! »

  5. Je vais défendre les hommes un peu! Moi j’ai fièrement survécu à ma dernière hémorragie avec infection généralisée du sang(coupure papier qui reste rouge + de 2 jours), et sans gâterie de convalescence! Je suis un Warrior, un mâle…juste un mâle qui appelle sa maman à 4000 km quand il à le nez qui coule.

  6. Le mien, dès qu’il commence à faire mine d’être malade, je lui cause plus. Ca lui donne une bonne raison de se poser en victime… la dernière fois il a eu mal au coeur = il a passé la journée au pieu avec des mines d’agonisant, me laissant seule avec mes nausées de femme enceinte (qui duraient toute la journée et ce depuis déjà 9 semaines, car chez moi ça dure au moins 2 mois et demi à chaque fois) + 2 jeunes enfants à occuper tout le week-end. Je l’aurais tué.
    Par contre je ne dirais pas que je préfère quand les nains sont malades, parce que eux ont du mal à viser la cuvette et je n’aime pas éponger du vomi. Mais je prends 12 rhumes chez eux pour 1 rhume du mâle, oui.

  7. lui : j’ai maaaaaaaaal !
    moi : ha oui, je me rappelle avoir eu mal une fois … pendant 13h … le jour de la naissance de ta fille …
    lui : …

  8. haha, ça me rappelle le mien à l’article de la mort, au fond du lit, avec un air de circonstance, vraiment un air de mourant « que tu pourrais quand même être un peu plus inquiète, inconsciente! » me demander de la purée mousseline « que ça peut-être ça passera, c’est ça que je mangerais quand j’étais petit », et là un pote qui téléphone qu’il va passer à la maison…j’ai jamais vu quelqu’un guérir aussi vite!

  9. Oh putain les meufs (et Jerem), vous me faites trop marrer !
    J’ai validé vos com mais je n’ai pas pu y répondre : j’ai un peu été inspectée. Mais j’ai tout lu, et je me suis bien marrée.

    Aux dernières nouvelles, depuis deux heures, nous préparons la mise en bière de l’Homme, puisqu’il est « persuadé que bientôt il sera malade, genre AU MOINS une gastro… ses jambes sont flagadas, d’ailleurs il croit qu’il ne les sent plus… Il a froid (il est en t-shirt), il a donc AU MOINS 39 de fièvre… Il fait la respiration ninja, comme quand on se retient de pas vomir, sauf qu’il n’a pas envie de vomir… ». Je pense écrire un livre, me faire des couilles en or, me faire liposucer (et me faire sucer), et partir vivre à NYC.

  10. Il est quand même pluri-disciplinaire ton ninja
    Et après on dira que les hommes ne savent pas faire deux choses à la fois …

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