L’annonce

sexy phrase

Ça y est. Après des mois d’essais foireux, cette putain de deuxième barre est apparue. Enfin, tu es enceinte !

Tu es alors partagée entre pleurer de joie (après toute cette attente, toussa) et pleurer d’angoisse (« Bordel, laisse moi recompter… Trois ! Putain mais quelqu’un aurait pu me prévenir, merde ! »). Mais surtout, à partir de ce moment, tu deviens clairement bipolaire : tantôt guimauve, tantôt hyène enragée. Ne l’oublions pas : les hormones sont une source inépuisable de kamoulox.

Aujourd’hui, concentrons-nous, si tu le veux bien (et même si tu veux pas), sur l’annonce de cette grossesse au géniteur mâle de tes cellules en devenir.

Cette tâche s’avérera ardue si jamais tu ne te souviens plus qui de Brian, de Dylan ou de Britney était le plus en forme lors de cette partouze du mois dernier (en cas d’incertitude, choisis toujours le plus friqué). Pour notre cas du jour, nous imaginerons une configuration certes ennuyeuse mais néanmoins classique : tu ne vis (et ne couches) qu’avec la même personne, s’avérant accessoirement être également le père de tes deux précédentes séries de vergetures. Situation totalement hypothétique, tu en conviendras : qui peut bien être suffisamment stupide pour vouloir faire passer une deuxième – pire – une troisième fois, trente-cinq centimètres de périmètre cranien par sa salle de jeux ? Dans le mauvais sens, je veux dire ! Une première fois, la jeunesse, la naïveté, je veux bien. Mais plus ? Bref, imaginons.

Tu es donc guimauve. Tu t’uses les yeux sur cette deuxième barre divine. Tu en oublierais presque de cligner, de peur qu’elle ne disparaisse (je t’ai dit que tu étais guimauve). Pour tes deux premières grossesses, l’annonce n’avait pas suscité de rite particulier : pour la première, tu as fait ton test dans le bol matinal du géniteur (situation toujours hypothétique), et pour la deuxième, tu tenais tellement à tout partager en temps et en heure que c’est limite si tu n’as pas demandé au Chéri de pisser en même temps que toi sur la languette. Là, comme c’est la der des der, tu l’as fait en loucedé, espérant, comme dans les films d’amour américains qui passent sur M6 l’après-midi, faire une annonce sensationnelle, dont tout le monde se souviendra avec nostalgie. Tu cherches des idées sur le net, mais c’est trop conceptuel. Tu connais la bête, il lui faut du clair, il faut taper dans le mille direct.

L’Homme étant certes un père merveilleux, mais néanmoins un piètre connaisseur en matière de test de grossesse, tu te dis que pour que tout soit le plus clair possible, tu vas acheter un autre test, sur lequel il sera écrit « Enceinte » en toutes lettres. De l’eau de roche. Mieux, tu prends non seulement un test qui écrit que tu es enceinte, mais en plus qui te donne une approximation de l’âge de la chose [ndlr : il ne sera pas utile de joindre également un RIB et ton agenda complet du jour j, si tu as des doutes sur sa paternité, il en aura aussi]. Tu bénis alors la technologie (et tu vas te laver les mains) (personne ne peut pisser sans éclaboussures sur ce bitognot).

Tu cherches ensuite comment tu vas présenter le bâtonnet au futur père. Tu es toute émue rien qu’à l’idée d’y penser. Après tout, ce troisième tant attendu, c’était lui qui en rêvait bien avant toi. C’est sûr, il va être encore plus ému que toi. Pourvu que tu arrives à retenir tes larmes… Han, peut-être même que, submergé par l’émotion, des larmes couleront sur son visage ! Vous vous prendrez alors mutuellement dans les bras et pleurerez de bonheur ensemble jusqu’au bout de la nuit. Oh oui, c’est sûr, ce sera comme ça.

Raison de plus pour bien peaufiner l’histoire.

Alors, tu recherches une jolie boîte, qui aurait la forme du bâtonnet-chéri, genre boite de montre ou de bracelet. Le problème étant que tu ne disposes ni de l’un, ni de l’autre (on ne pense pas assez à s’acheter des montres). En désespoir de cause, tu trouves un emballage de Toblerone boulotté la veille (ben quoi ?) et, miracle, le test rentre pile poil dedans ! Tu veilles également à orienter le bâtonnet de manière à ce que l’écran soit parfaitement visible dès l’ouverture. Et comme Toblerone, c’est pas très sexy, tu prends du joli papier jaune, et tu passes un quart d’heure à le découper puis coller sur la boite cartonnée. Tu t’es vidée la moitié de la colle sur les doigts et tu as insulté quelques fois une éventuelle prostituée, mais tout est beau. Il te tarde que les enfants soient couchés, que vous soyez seuls et tranquilles. Tu hésites même à mettre de la musique en fond sonore, et puis tu te ravises, estimant que Pony Pony Run Run, quand bien même il serait un joli clin d’oeil à la position consécrative, serait un poil décalé. Tu oublies donc la musique. Des bougies ? Pas le temps de les fixer sur les bougeoirs. Quel dommage. Tu imagines déjà ton amoureux, le frêle présent dans les mains, déballer le test et te tomber dans les bras. Par manque de temps, tu te dis qu’après tout, lui offrir le petit cadeau dans un moment calme sera suffisant. Autant d’émotion d’un coup méritera un peu de sobriété.

Le moment tant attendu arrive. Tu tamises la lumière et demande à Chérichou de venir s’asseoir près de toi sur le canapé. L’oeil lubrique, flairant une éventuelle ouverture, il s’exécute et commence à te tripoter un nichon. Tu gardes ton sourire, retire sa main, et lui dis d’une voix langoureuse et amoureuse que tu as un petit cadeau pour lui. Tu t’aperçois rapidement dans son regard que, dans le langage de l’Homme, « petit cadeau » = « fellation ». Termes mal choisis, tu te ravises, et précises que tu as un VRAI cadeau pour lui. « Ah bon ? Mais c’est pas mon anniversaire ! Rho et puis tu sais que j’aime pas les cadeaux… Une pipe, par contre… ». Ton sourire se crispe, et tu lui glisses dans les mains le petit paquet jaune.

Il déchire l’ouverture…

Ton coeur s’est arrêté, tu te dis que cet instant restera à jamais gravé dans vos mémoires. Tu te prépares à ce qu’il te saute dans les bras de bonheur, pour pleurer ensemble de joie, d’amour et de ce projet de vie que vous allez enfin concrétiser…

Il fait glisser le bâtonnet dans sa main…

Tu trembles, tes yeux commencent à s’humidifier, tu attends sa réaction, ses premières paroles tel un message divin. C’est sûr, il va pleurer, te clamer son amour, te dire à quel point tu es merveilleuse, qu’il est heureux…

Il observe brièvement l’objet, tourne le regard vers toi, ouvre la bouche et dit :

.

« Non mais je peux savoir pourquoi tu m’as acheté un thermomètre rectal !?!!! »

.

Moralité : le jour J, pissez dans son bol matinal, et dites lui qu’il va en chier pour les neuf mois à venir. Il devrait comprendre de suite.

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27 thoughts on “L’annonce

  1. Mdrrrrrrrrrrrrrrr
    Moi aussi j’ai essayé de faire quelque chose de romantique, dont on se souviendrait…
    J’ai trouvé une chanson BIEN claire, avec les paroles qui défilaient, au cas où il ne comprendrait pas (mais en me disant « NOooon quand même, il ne peut pas NE pas comprendre), publié en privé sur son mur facebook!
    Il est rentré du boulot, je lui ai « conseillé » fortement d’aller voir ce que j’avais publié pour lui…. une fois la chanson finie, il m’a dit : « Moui… elle est pas mal cette chanson et sinon, quoi de nouveau ? »
    O.o
    WTF ????
    (je précise qu’on y « travaillait » dur hein… c’était pas un heureux hasard cette grossesse!)
    Bref, je confirme la moralité de l’histoire, faut du TRES CLaIR!
    (félicitations quand même hein!)

  2. J’ai adoré la chute de l’histoire ! J’en ai même pleuré de rire !

    Toutes mes félicitations pour ce nouveau lardon

    Michelle LARROQUE

  3. Ah ben oui mais quand un homme a une pipe en tête, faut pas s’étonner après ! c’est même devenu un tableau je crois !
    nan sans blague !

  4. @ Vanessa : hé oui, je crois que la subtilité n’est réservée qu’à nous, sexe fort, êtres indéniablement supérieurs à tout ce qui est pourvu de près ou de loin d’un pénis.

    @ Tounikette : je VEUX le lien de ce chef d’oeuvre !

    @ Marjolaine Mamour : pour le troisième, tu voudras sûrement faire original ! (et foirer ton truc)

  5. Ma chèrrrie ! je crains que notre relation soit de courte durée tant j’ai peur de ta déception quand tu vas voir l’oeuvre… après l’attente fébrile et l’envie – que dis-je la passionn ! – que j’ai su créer en toi !
    ceci dit je défends bec (si j’ose dire) et ongle (grrraou) mon interprétation à celle trop intellectuelle des critiques d’art !
    bwef, mawie théwèse, régale-toi : http://www.vulgart.be/?tag=surrealisme

    1. hin hin. J’avais bien pensé au Magritte, mais je me disais que c’était sûrement autre chose. Et voilà, j’attendais le renouveau de l’art sur mon modeste blog, et paf, le néant.

  6. Billet hilarant ! Je me rends compte que j’ai bien fait de ne jamais trop me casser la tête pour lui annoncer mes grossesses !

  7. Ah j’adore…je suis en réunion, et rien à faire…obligée de prétexter un mail pro urgent pour pouvoir lire tranquillement la fin de ton post….Mon sourire à la fin a fini de me décrédibiliser je crois….Oui j’ai prétexté une urgence dans un pays où aujourd’hui est un jour férie…c’est con non?

  8. Félicitations Chag pour ce petit 3ème, ravie de voir que tu as ton own blog…je vais pouvoir rigoler plus longuement que dans tes commentaires chez Caro! Bon courage pour les gerbouillages!

  9. Résumé parfait du comportement masculin, et aussi de nos illusions à leur sujet ! Merci Chag, j’ai adoré ce billet.

  10. J’ai fait mon annonce de grossesse après un tour dans un simulateur de conduite de voiture de rallye où nous avions été bien secoués. Rétrospectivement il a bien flippé sur le risque que je venais de prendre. Mais la vraie surprise a été à la première écho, lorsque l’annonce a été faite d’une grossesse gemellaire.

  11. Dominique : 😉

    Chris : L’Homme a un jumeau, leur père est jumeau, la soeur de l’Homme vient d’avoir des jumeaux (le premier qui dit que ça saute une génération va mourir). Pour chacune des trois grossesses, à la première écho, on s’attendait forcément à ce qu’il y en ait deux ! Bon, on a réussi à les faire un par un, et je t’avoue que c’est pas plus mal comme ça !

  12. Depuis quelques mois que, en passant par Caro, je suis arrivée ici et que je lis en sous-marin, il faut bien que je te félicite ! Peu à peu, j’ai tout lu, j’ai souvent ri, souri… Bibliothécaire en secteur jeunesse qui côtoie beaucoup les instits, je compatis aux vicissitudes des TRS (mais je ne connaissais pas ce sigle !). Félicitations pour ton troisième et longue vie à ce super blog !

    1. Je confirme. Et plutôt deux fois qu’une (vu mon bide, la position 45 bis du kama sutra commence à devenir périlleuse) (certaines autres, aussi, hein)

  13. Hooooo déjà félicitations !!!
    et ensuite, j’avoue, j’ai pleuré de rire à la fin ….
    j’ai voulu, moi aussi, pour N°2, faire dans le romantique ….
    je venais de virer mon stérilet, on avait dit qu’on allait faire « attention » quelques mois, histoire de laisser au corps le temps de se faire une santé, et puis j’ai commencé a vomiiiiiiiiiiiiiiiiiiiir …..un matin, deux, et le troisième, alors , alors que l’homme était au boulot, des le reveil de lardon N°1, j’ai filé a la pharmacie (en vomissant a un coin de rue ! ) test positif !!
    j’étais hystérique ! j’appelle l’homme ni vu ni connu (:p) lui proposant de rentrer déjeuner a la maison
    soudain, l’envie d’une annonce sympa ! bien sur , les nouveaux (oui a l’époque, c’était nouveau :D) tests de grossesse ou c’est écrit « ENCEINTE » bien sur !
    je jete le premier test à la poubelle (pas beau le petit trait ! ) je sors lardon 1 de sa sieste et refile a la pharmacie …
    je refais mon pipi, toujours ok ,ENCEINTE écrit en gros ! youhou !
    je l’emballe dans une pochette, attends l’homme , toute emotionnée a imaginer sa reaction …..
    a son arrivée, je lui donne son petit paquet, et là , il me dit  » ben pourquoi tu me files un test de grossesse ????? »
    vérification faite, il était vierge ! au début de ses tests, je ne sais pas si cela a changé, mais l’indication enceinte disparaissait au bout d’une demi heure !
    j’ai du sortir le 1er finalement pas si vilain que ça de la poubelle , vachement romantique, l’annonce ….

  14. Bonjour !

    J’arrive après la guerre, j’en suis consciente puisque ce post date approximativement de septembre 62 et que depuis tu as accouché et que ta fille sort limite déjà en boîte.
    Cependant, c’est sur cet article que je me suis dit que j’allais poser ma question existentielle.
    Donc je me lance, tu pourras si tu le souhaites me dire d’aller me faire enc**** voir chez les grecs : tu dis que tu as mis du temps à devenir enceinte, mais qu’entends-tu par longtemps ? Et pour tes premiers enfants ?
    Allez, zyva, jraconte ma vie au point ou j’en suis, ça sera pas long, t’endors pas. Cela fait plus d’un an que j’essaye d’avoir un bébé et depuis… rien ! Voila, tu vois, c’était pas très long ! Voila, je voulais juste savoir, que ça me donne un peu d’espoir et de patience (ou pas).
    PS : je devance ta connerie légendaire, l’homme passe bien par ou il faut. Du moins, je crois… 😉
    En tout cas, merci d’être ce que t’es, à défaut d’être enceinte, j’ai quand même des pissages de culotte quand je te lis.

    1. Alors mon « longtemps » est un longtemps de nana qui a des cycles du tonnerre et qui ovule toujours et à l’heure. En gros, toutes les nanas en PMA vont brûler ce blog à cause de mon « longtemps » qui est assez relatif, même si, effectivement, on a trouvé ça long. Pour Bulle : C1 (18 ans, hormones au taquet, on est faits pour faire des gosses à cet âge là), Coin-Coin C7 et Paupiette C10. Bon courage !

      (et tu as parfaitement devancé ma question)

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