Highway to hell : le parc

Tu vis dans un appartement en ville, sans jardin. Tu n’as pas encore de lardon. Ou bien tu y songes fortement. Pire : tu en couves un. Il te tarde de changer des mini-couches pleines sur un mini-bébé, de donner des biberons qui finiront sur ton dernier haut fashion d’amour, de tenir la main de ton rejeton quand il apprendra à te ruiner les reins marcher… Avoue-le de suite, il te tarde aussi d’emmener ta fabuleuse progéniture au parc du coin. Celui avec plein de toboggans, de jeux à ressorts de toutes les couleurs, et de petits copains. Tu penses aussi immédiatement aux bienfaits de la socialisation de ton Einstein en puissance : comme, et c’est certain, ce sera lui qui découvrira le vaccin contre la Progéria/famine/pauvreté/sécheresse/déforestation, tu te dois ne pas en faire un intellectuel binoclard borné à ses recherches. Non, tu te dois aussi de penser à ce lien avec les autres. Car ton génie sera non seulement un génie, mais un génie sympa et sociable.
Les toboggans te font de l’oeil, donc. Il te tarde à mort. Oui, tu seras vraiment la mère parfaite, lorsque tu amèneras la chair de ta chair communier avec les siens, au parc.

Oui, mais.

Un jour, tu ponds le lardon en question. D’abord, tu déchantes sur les couches, les biberons et tout le folklore rose bonbon et bleu layette sur lequel tu as fantasmé jadis. Là, tu constates déjà un léger décalage entre ce que les autres imaginent de toi, et la réalité. D’abord, tout le monde te dit que la maternité t’a trans-for-mée, et que cela te va à ravir. Première nouvelle : les poches sous les yeux et le teint blafard deviennent donc à la mode. Sache également qu’il existe un complot génétique, dans lequel les mères, une fois qu’elles ont pondu, entretiennent l’image d’elles-même qu’elles renvoient aux autres mères, leur image de mère parfaite.

Et puis, viens le jour où l’idée du parc te revient ! Toutes ces mamans, regardant avec tendresse les ébats de leurs enfants si beaux, si mignons. Rappelle-toi à quel point ça a joué sur tes hormones, cette image d’Epinal du parc. Maintenant, à y réfléchir de plus près, tu ne te souviens plus vraiment si tu as réellement observé des mères dans un parc quelconque, ou bien si ton cerveau de femelle pré-procréative n’a pas créé cette image afin de perpétuer l’espèce coûte que coûte… Y’a comme un doute, mais que nenni, le parc, c’est forcément bien, puisque toutes les mères du coin en parle comme si elles amenaient leurs enfants à Disneyland chaque jour après l’école…

Bien, mais maintenant…

Assieds toi, prends un Lexomil et écoute bien, de toute façon, tu t’en apercevras rapidos : le parc, c’est un peu le bagne moderne, sans les chaînes et les combi rayées, le carrefour entre les flammes de l’enfer et les entrailles de Satan, les couleurs en plus.

Souvent, tu trouveras des excuses improbables pour ne pas y aller : « Mais si mon amour, regarde bien, là-bas (très loin) il y a des nuages qui semblent être gris (clairs), il risque de pleuvoir… » ; « Non, vraiment, aujourd’hui, j’ai trop de travail » : « Han, Maman a trèèèèès mal à la tête/main/estomac/orteil/cheveu, pas cette fois-ci, amour de ma vie » ; « Ohhh quel dommâââge, mais à cette heure-ci (17h) le parc est sûrement fermé, mon chaton »… Et j’en passe.
Mais parfois, il faudra te rendre à l’évidence : soit ton lardon s’automutile dans ton salon (tes tympans avec), soit tu le sors fissa, auquel cas, tu cèdes lamentablement sur la sortie au parc.

Direct, tu es mise au parfum. Ca crie, ça hurle même. Tu cherches un jeu de libre. Pas longtemps, y’en n’a jamais. Première étape de la socialisation de ton lardon : l’accès aux jeux. Tu l’accompagnes (il est encore petit). Tu l’aides à monter difficilement les marches qui amènent au Graal du toboggan pour tout-petits. Et paf, direct, le petit Kyllian, 7 ans, envoie un coup de coude à ta merveille des merveilles, pour lui passer devant. Tu gardes ton calme. Tu reprends l’ascension avec lardon. Paf, il était presque en haut, et Kyllian repasse, deuxième coup. Là, tu fais une respiration zen, tu dis un truc du genre « Attention, jeune homme, tu l’as bousculé, il est plus petit », le tout en te disant que sa mère (parfaite) a forcément vu la chose, étant donné que les mères surveillent, comme toi, tous les faits et gestes de leurs bambins, et qu’elle le grondera sévère. Ca y est, Chéri arrive en haut du toboggan ! Comme il est beau et fier, ton lardon ! Et re paf, re Kyllian ! Là par contre, tu te contiens moins, le visage rouge, la fumée qui sort des narines, tu cherches des yeux la puta madre de ce démon, qui, soit dit en passant, a largement dépassé (de quelques mois) l’âge limite pour jouer à ce jeu-là. Mais tu arrêtes de chercher quand tu comprends que la mère en question est absorbée par le dernier Biba, le sachet de Haribo dégueulant sur le banc à côté d’elle. Ok, tu piges direct : non seulement elle laisse ses enfants à l’abandon (t’imagine si on lui kidnappait !) mais en plus, elle a loupé les pubs de Gulli sur les 5 fruits et légumes par jour… Tu abandonnes, tu changes de jeu. Jamais l’idée de laisser ton môme se débrouiller tout seul ne te traverse l’esprit. Autant le laisser direct au milieu de l’A10 un premier week end d’août.

Très vite, tu t’aperçois qu’au parc,  il y a deux catégories de mères : celles qui lisent Biba, et celles ont l’air de s’amuser autant que leur lardon sur un dinosaure à ressorts de 60 cm. Tu ne le sais pas encore, mais la théorie de l’évolution voudra tu fasses tour à tour partie des deux catégories. La différence entre les deux résidant dans l’accumulation de quelques années de pratique au parc. Mais pour l’instant, tu es dans une pré-phase : celle où tu tentes, tant bien que mal, d’observer ta descendance jouer parmi les siens. Mais tu te rends vite à l’évidence : venir au parc, c’est mettre à l’épreuve ton sang froid, sans compter l’hypertension et une nette tachycardie à l’approche des Kyllian qui sommeillent en chacun des êtres présents autour du tien. Mais qu’importe, tu dois t’amuser avec Chérichou, parce qu’à voir les autres mères, c’est teeellement épanouissant…

Si tu as la chance, en plus, comme moi, d’aller dans un parc relativement bourgeois, ton lardon côtoiera des Hugues-Gonzagues et des Marie-Eugénie en masse, en manteau Tartine et Chocolat, et gourmette de baptême greffée au poignet. Enfin, ça ne changera pas grand chose, tu t’apercevras aussi que ces chers enfants (au compte en banque déjà plus rempli que le tien) n’ont rien à apprendre de Kyllian (encore lui), puisqu’ils doivent certainement garder la politesse pour la sortie de la messe.
Aussi, chez moi, ils ont eu une idée des plus merveilleuses  : installer un manège à l’année, dans le parc, à dix mètres des jeux. Le mec qui a trouvé ça (c’est forcément un homme, on en voit peu là-bas) a dû toper le prix Nobel de l’économie, parce que vue la quantité de blé que l’engin amasse, je pense qu’on va pouvoir bientôt le dorer à l’or fin. Par contre, attention, ici, on n’installe pas n’importe quel manège. Non, on installe un mini carrousel. Oui Madame. Mickey et Dora, c’est pas assez bobo, et puis ça fait mauvais genre. Alors qu’un carrousel… Quand tu imaginais tes futurs enfants au manège, rends toi à l’évidence, tu ne les voyais pas dans de vulgaires abeilles décrépies. Tu imaginais le carrousel, le vrai, celui des films, avec ta Perle, sur un cheval qui monte et qui descend. Ou encore dans la calèche ! Oh oui, la calèche, c’était tellement beau à voir, que quand tu y repenses, mais oui, ces images tournaient au ralenti dans ta tête… Chez moi, on ne fait pas que penser au rêve, on te l’apporte direct, moyennant un billet pour quelques tours de manège assez courts. Alors, comme moi, tu prendras des milliers de photos pour immortaliser l’instant.

Mais rapidement, tu te rendras compte qu’au parc, en plus de surveiller ton gnome comme le lait sur le feu, tu te fais royalement chier. Là tu entres dans la 2e phase de l’évolution : souviens toi, les mères au dino. Tu joues avec tes enfants. Ou plutôt, tu fais comme si tu jouais avec eux. Parce que soyons clairs, plus rien ne t’amuse. Mais tu tentes de garder la face. Si j’en juge par l’âge des Kyllian, cette phase devrait durer quelques petites années.

Et puis un jour, tu ne te caches plus. Tu files au parc. Limite, c’est toi qui trépigne pour y aller. Tu t’assois sur un banc, tu dégaines les crocodiles et les fraises Tagada, tu pries pour que tes lardons ne tuent personne et surtout te foutent royalement la paix.

Là, tu te détends (ne seraient-ce pas des oiseaux que tu entends ?), tu fermes les yeux, tu es zen…

Tu peux enfin ouvrir ton Biba.

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