Fest’arts 2010

Depuis deux ou trois ans, il est un rendez-vous incontestable de l’été : le festival Fest’arts de Libourne. Il se déroule chaque année sur 3 journées entières (jeudi, vendredi et samedi), début août. C’est annoncé comme un festival des arts de la rue…

Bon, pour moi, l’art de la rue, soit c’est un truc qui date d’il y a 200 ans, soit on tape dans le tag des murs urbains. Ici, on retrouve du théâtre,  du cirque, de la danse, du mime, de la pyrotechnie…  En tout cas, à chaque fois, le festival ramène encore plus de personnes. Libourne grouille sous des dizaines de milliers de badauds, parfois venus de loin pour l’occasion. Et vraiment, ça vaut le coup. Il y a des années plutôt riches, d’autres qui le sont un peu moins. L’année dernière était vraiment extra, chaque spectacle était un régal. Cette année, on a vu des performances géniales, mais quand même aussi pas mal d’autres franchement bof-bof. Quoi qu’il en soit, ça reste un bon moment à chaque fois. Tout est gratuit en plus, donc si quelque chose ne vous plait pas, et qu’un peu d’impolitesse ne vous effraie pas, vous pouvez toujours fuir un spectacle, pour en prendre un autre qui passait ailleurs au même moment, ni vu ni connu. La programmation est quasi ministérielle. Ce sont les mêmes troupes, qui repassent plusieurs fois dans la journée, dans un même endroit. Ainsi, si vous voulez voir la fameuse troupe de théâtre qui vous plaît tant, mais qu’au même moment, il y a aussi le spectacle de danse contemporaine, point d’inquiétude, vous verrez forcément les deux, à des moments décalés. Même si les invités font plusieurs représentations, il y a beaucoup de troupes invitées, donc au final, il faut souvent être sur place les trois journées entières, si on veut espérer tout voir, ou presque. L’autre avantage, c’est que Libourne étant une petite ville, si on doit la traverser pour aller au prochain spectacle, en un quart d’heure maximum, on y est.

Mais ce qu’il y a d’extra, à Fest’arts, et qui égale presque les spectacles, c’est quand même la diversité des spectateurs. Des jeunes, des vieux, des riches, des moins riches, il y a les baba cool aux odeurs de shit, les rockeurs tatoués, les retraités qui viennent sentir la foule du bon vieux temps, les jeunes parents qui emmènent leurs enfants en espérant les voir devenir salades ou tomates en trois jours (« On vient les cultiver »), les poufs des beaux quartiers, la famille de ploucs du coin qui s’en balance des spectacles, mais qui espère croiser du monde qu’elle connait et profiter du demi à 2€… Et j’en passe.

Mais cette année, il y avait un lieu magique, mythique, digne des plus grands contes de fée et terriblement d’actualité : le camp Rom-manouche-bobo. Entrée payante (2€), puis on entre sur un espace presque fermé, au décor bohème à couper le souffle. Ce n’est pas tout à fait du cirque, ce n’est pas tout à fait du théâtre, on ne sait pas si on revient des centaines d’années en arrière, ou si on change de pays, voire de réalité. Tim Burton aurait adoré, il ne manquait juste qu’un petit côté gore, mais j’avoue que même s’il n’y était pas, on en sentait presque la présence. Si un ours brun dressé ou encore la femme à barbe avaient fait leur apparition soudaine, je crois que personne n’aurait été surpris. C’était biensûr une animation de Fest’arts, mais pas que. Il y avait une atmosphère étrange là-bas. On avait à la fois envie de fuir à toutes jambes, et puis aussi l’envie de rester se poser là, à regarder ce petit monde s’agiter. J’avais l’impression d’une réalité parallèle. Evidemment, l’endroit a attiré du monde, sauf que là, ça faisait moins melting pot qu’aux autres lieux. N’empêche que deux mondes étranges se côtoyaient, à la fois proches, et tellement éloignés. D’un côté, il y avait les gens du voyage et les gitans, les vrais, ceux qui sont là avec leurs voix qui portent, leur franc-parler et leurs enfants vagabonds (que je connaissais tous après mon remplacement dans leur classe adaptée). Et puis, il y avait les bobos du coin. Ceux qui, à première vue, ressemblent traits pour traits aux vrais nomades qui dorment où ils peuvent : dreads, fringues amples un poil cracra, chaussures un peu déglinguées, et puis cet air je m’enfoutiste, bras balants et Hare-Krishna-dans-ton-coeur-mon-frère. Sauf qu’à y regarder de plus près, quelques détails clochaient… Ces mêmes bobos, plein de bon coeur, qui sont prêts à débattre avec vous de la paix au Tibet, de la faim en Afrique, de tous ces merdeux de millionnaires qui spolient le reste du monde, de la pollution des mers, du nucléaire qui va tous nous tuer, des thons rouges qui disparaissent (comme les baleines et les bébés phoques, même combat), du communisme chinois et des amerloques qui  nous envahissent avec la mondialisation et la surconsommation… ces mêmes roots portent des chaussures de marque à 150€ la paire, fabriquée par des petits asiatiques qui crèvent la dalle, portent leurs enfants bohèmes dans des écharpes de portage à 100€ (un bout de tissu),  dorment  pour l’occasion dans de vieux vans Volkswagen de collection, et font croire qu’ils n’ont pas un rond, alors qu’ils se roulent des joints à n’en plus finir…
Tous ces gens se retrouvaient dans ce même lieu, onirique à souhait au départ, et finalement cocasse sur la fin. Cela dit, même si les spectacles qui avaient lieu dans cet endroit ne nous ont pas emballés, bravo aux vrais vagabonds des villes pour ce décor superbe… Et puis tant que je suis dans les bravos, un millier de bravo puissance dix pour la troupe Black Blanc Beur et son spectacle Hip-hop de pure folie de sa mère en string léopard. Enorme énorme énorme. Clap clap clap !!!

Au départ, Fest’arts était surtout connu par les habitants du libournais et du castillonnais (normal), mais j’ai réussi à convaincre ma troupe de purs Bordelais pro-citadins à venir jeter un coup d’oeil, et tout le monde en a redemandé…
Alors pour ceux qui ne connaissent pas (encore), c’est vraiment quelque chose à voir. L’année prochaine, courrez-y !!! On s’y croisera sûrement…

Allez, Zinternaute, comme tu as été sage, voici un petit panel de photos des autres perf’ qu’on a vues ,histoire de te donner l’eau à la bouche. Maintenant, tu vas trépigner encore plus de dix mois avant de pouvoir te la jouer au Fest’arts 2011…

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