En deux temps, trois mouvements

Miss Tic

Aujourd’hui, mon roudoudou, je vais plutôt parler aux maîtresses. Faudrait pas oublier la deuxième ligne éditoriale de ce blog (tout se perd). Si tu n’es pas instit’, tu peux rester aussi. En grande gourou de l’éducation nationale, j’éclairerai ta lanterne ikea (polyvalence ++) (ne me remercie pas).

Fin mars – début avril, se déroule pour les instit’ un étrange manège… Une sorte de rite de passage ultra sanglant. Un truc de taré, qui met les nerfs de tous à vif et trempe les aisselles. Strings serrés et tension suprême dans les écoles : c’est bientôt le MOUVEMENT.

Pour les non initiés, le « mouvement », ce n’est pas de la zumba, ni une macarena, ni non plus une flash mob d’école. Non, le mouvement, c’est le bal des postes de l’année suivante. Je ne rentrerai pas dans les détails des attributions. Ils sont tellement obscurs qu’aucun instit ne sait vraiment comment ça marche exactement (c’est fait exprès). Tout ce qu’on sait, c’est que si tu es jeune instit, tu auras beau allumer un cierge gros comme Roberto, t’es sacrément dans la merde. On te regardera avec ce regard compatissant de cocker, mais qui veut quand même dire que merde, chacun son tour, eux aussi ils en ont chié, manquerait plus que t’en chies pas non plus ! On se saigne plus à l’Opinel, mais c’est tout comme.

D’habitude, à l’école, les collègues parlent un peu de tout (et râlent, beaucoup). Mais vers la mi-mars, il n’y a plus qu’un seul sujet de conversation : le putain de mouvement (pardi). Toi, tu auras envie de tuer des gens. Chacun ira de sa petite histoire. Quelqu’un connait toujours quelqu’un qui connait toujours quelqu’un qui. Y passeront des histoires toutes plus rocambolesques les unes que les autres (les mythes font vivre les surveillances de cour d’école, je vous le dis) (le café moulu, aussi, mais c’est une autre histoire).

Un jour, il parait que quelqu’un, avec un barème aussi merdique que le tien, a réussi à obtenir un poste en plein Bordeaux centre. Mhm. En fait, la chance que ça tombe sur toi est à peu près aussi grande que celle de décrocher deux fois d’affilée la mise du loto. La vérité, c’est qu’on ne sait même pas si en couchant ça changerait quelque chose (oui parce qu’à un moment, on y pense) (le Blayais, merde !). Mais c’est pas grave, t’y crois. Parce que « on sait jamais ».

La réalité, elle pue un peu du cul. Pendant tes cinq à dix premières années d’enseignement, tu vas être ballottée de poste en poste, parfois incongrus. Si tu as de la chance, tu pourras même tomber sur un poste dont tu ne soupçonnais même pas l’existence. Exit tes idées de classes qui sentent la cire d’abeille le jour de la rentrée. Non, toi, on te réservera des postes dont personne ne veut, dans des classes moches, qui fuient ou sans chauffage.

Tu seras certainement remplaçant, aussi. Mais loin. Non content de te cogner un poste pourri, tu auras un poste pourri, mais à plus d’une heure de route. S’offriront donc à toi deux possibilités attirantes : soit tu déménages près de ta (tes) nouvelle(s) école(s) (chaton, sur une échelle de 1 à 10, le fond du Médoc, tu l’aimes combien ?), soit tu restes chez toi, et tu achètes un diesel (et du Xanax).

Quand les postes paraissent, lors du mouvement, Mappy devient ton site web favori. Tu vas ainsi devenir, en l’espace de quelques jours, une encyclopédie géographique vivante concernant les bleds reculés de ton département. Tu sauras tous les situer, et dégainer en deux-deux le temps exact que tu mettrais pour y arriver depuis chez toi. Distance Talence-Libourne centre, 8h15 un mardi ? 39 minutes, si tu ne te prends pas le bouchon de la sortie 24. Dans les dîners, on t’appellera Tomtom, mais tu le prendras bien (t’es prof, tu aimes étaler ta culture, aussi merdique soit-elle).

Après avoir bûché ta géo, tu te poseras des questions existentielles de premier ordre : voeux précis ou voeux géographiques ? Le voeu n°8 ne devrait-il pas plutôt être en n°16 ? Petite école sympa mais risque de multiniveaux, ou grande école usine mais niveau simple ? Inutile de te dire qu’à ce stade de la réflexion, tes amis non-instit ne te parlent plus. Tu les gonfles. D’ailleurs, tu te gonfles aussi.

Allez, respire chouchou. Le mouvement est paru aujourd’hui. Détends toi, et sois réaliste : tu vas forcément avoir un poste de merde. Y’a quelqu’un qui connait quelqu’un qui m’a dit que tu m’aimais encore qu’une personne avait survécu à des remplacements  en quatre quarts de temps en CLIS dans le nord Blayais. Si.

Zen, ça ira mieux… dans dix ans.

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20 thoughts on “En deux temps, trois mouvements

  1. Mon vélo est prêt, et j’ai déjà fait des sorties de 120 km dans la journée. Je vais pouvoir faire googlemaps en pédalant.

    1. @ muriel : Coquine, va. T’aimes ça, hein, quand je mets mon tailleur Chanel et que tu m’appelles « Madame l’inspectrice ».

  2. J’adooore !
    Moi jsuis arrivée de banlieue parisienne j’étais en congé parental et je le suis toujours… Heureusement parce que comme mut’ j’ai eu le fin fond de la Dordogne, limite Corrèze (Excideuil que ça s’appelle…) et j’habite à Mérignac… hum hum…
    Nous le mouvement commence le 15, j’espère que pendant mes 3 prochaines années de congé parental j’arriverais à muter plus près de chez moi… Sinon, c’est vraiment la merde !

    1. @ Marjolaine Mamour : Bon courage alors ! Je crois que pour les profs du secondaire le comptage de points est complétement différent.
      Tiens au fait : j’ai fait la fac de bio, et mon meilleur ami, ma moitié, est prof de svt à Pessac. Points communs ++. 😉

  3. Donc tu crois que dans 3 ans ce sera bon pour moi ? Il serait d’ailleurs peut-être temps que je regarde quand il commence … Tu t’en doutes, ton billet me parle 😉

    1. @ Karya : Hola, jeune collégue samerlipopettienne !
      Moi il me reste trois ans pour arriver aux 10, et on peut pas vraiment dire que je sois vernie niveau poste. Après, j’ai toujours eu la schkoumoune au mouvement… (et là, je réalise que peut-être tu n’es que t2) (dans ce cas ya du trafic d’ordonnances de xanax à Chicago)

  4. Je connais pas ta région, mais y’a p’t’être bien un itep dans le nord Blayais non ? J’déconne mais courage…

    1. C’est vrai. La valse des postes pourris est longue comme le bras. Mais chut, je voudrais pas en dégouter certains. C’est comme l’accouchement : faut rien dire.

  5. Ah,les heures passées sur la carte du département! merci pour ce beau souvenir! (et les classes dans le spécialisé, pas mal non plus pour débuter!)

  6. Je ne suis pas prof,mais médecin retraité.Après avoir un temps pensé que les enseignants charriaient un peu,je me suis rendu compte,qu’entre les élèves,les parents et l’administration,il y avait bien de quoi déprimer. Mais là sûr les temps de transports je ne suis pas d’accord,une heure en région parisienne c’est une moyenne honorable’au delà de 10 minutes c’est inacceptable en province m’a t on dit!Veinardes.
    je suis arrivée chez vous par Caro et je m’amuse bien. Bonne chance pour le mouvement !

    1. @ Noisette : Effectivement, Paris, c’est la loose atomique. Sauf que les instits qui passent le concours sur Paris possèdent bien souvent un appart intra muros, ou pas loin. Sans compter le métro (que je kiffe quand j’y vais). Les deux écoles dans lesquelles j’enseigne cette année ne sont pas du tout desservies par les transports en commun, impossible donc de corriger mes copies ou tout simplement de décompresser le temps du trajet. Je passe une heure dans ma voiture, à maudire tous ceux qui, comme moi, prennent notamment la rocade bordelaise. Les dix minutes me paraissent exagérées, même si certains doivent effectivement le penser. De toute façon, à moins d’avoir une bonne ancienneté, en vivant sur Bordeaux, elles restent une utopie pendant dix à quinze ans.
      Médecin… Vous aussi vous avez du subir tout un tas de clichés pendant votre exercice ! ^^
      En tout cas, merci bien de votre petit mot. Revenez quand vous voulez, vous êtes ici comme chez vous !

  7. tes billets me faisaient rire chez Caro, voila comment je débarque…
    Par contre ce billet me fait moins rire (ou jaune, le rire) mais me parle….mon homme est prof…en Italie…Sacrilège, c’est encore pire!
    Bonne chance quand même pour le mouvement

    1. @ moon78 : Je ne connais pas le système italien pour l’attribution des postes, mais je sais néanmoins la chance que j’ai car en tant qu’instit (contrairement aux profs du secondaire) je serai mutée dans l’académie dans laquelle j’ai obtenu le concours. Le pas-de-bol, c’est quand on vit dans le plus grand département français. 😉

  8. Imaginez mes petits chéris, il y a 20 ans, sans Googlemaps… la carte routière et la calculette étaient tes meilleurs amis… vu que déjà plus personne voulait te parler aussi !
    Allez mes loupiots, bon courage sans dec !

    1. @ Tournikette : Rha oui, j’imagine ça chaque année quand je fais mes voeux ! Mais COMMENT faisait-on sans Internet (je suis droguée). Ca me rassure, à l’époque déjà, on était asocial pendant un mois. Les bonnes choses perdurent. héhé

  9. Souvenirs, souvenirs … Tu racontes ça très très bien ! Comme Tournikette, j’ai connu ça sans Mappy, goole map etc… C’était le calendrier des postes la référence, avec la carte du département au milieu et tous les bleds improbables indiqués. Dans « ce temps là » d’ailleurs, la Poste était encore un service public (on restait « entre soi »), on avait déjà envie de tuer des gens, les amis ne voulaient plus nous entendre et on écoutait déjà l’histoire de celui qui connaissait quelqu’un qui connaissait… N’empêche que je ne vous envie pas les jeunes instits avec, c’est la réalité, des postes en patchwork genre 2 quarts temps et un mi-temps d’un bout à l’autre du département et avec des niveaux à l’opposé sinon c’est pas drôle…

  10. donnée supplémentaire chez moi: en Savoie, les km en plaine ( facile!) et les km en montagne…Il se peut qu’être nommée à Val d’Isère ne soit pas un bon plan…

  11. J’ai fait le Blayais. 2 ans. Dans un trèèèèès petit village. Puis Pessac centre. Le choc des cultures!!!!!
    Je ne sais toujours pas ce qui était le pire, chaque école une caricature…

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