Dr M&M’s et Calamity Jane les fesses à l’air

grottes

Ce matin, j’avais mon rendez-vous avec le Dr M&M’s.

A chaque fois que j’y vais, je me dis qu’il y a des chances pour que je n’aie rien à raconter ici, que ce rencard soit d’une banalité affligeante : déshabillage-farfouillage-rhabillage. Mais c’est toujours sans compter ma capacité hors norme à rendre, bien malgré moi, certaines choses un brin foldingottes.

Déjà, je me suis souvenue très tard (genre une heure avant), qu’on avait rencard. Je m’en voulais un peu, après tout, lui devait avoir coché cette date depuis des lustres sur son agenda médical (et personnel). Peut-être même qu’il aurait mis une chemise pour l’occasion. Et racheté des M&M’s. Du coup, un saut sous la douche, quand, au toucher, je me suis aperçue que ma dernière épilation datait certainement de notre dernier rendez-vous. Soit presque deux mois auparavant. Je prends toujours cette histoire d’épilation très au sérieux. Personne n’imagine aller chez le dentiste avec des restes de kebab entre les molaires. Moi, je veux avoir une coupe fraîche quand je vais chez le gynéco. Comme on ne s’était pas vus depuis longtemps, et que ma toison automnale le permettait, je me suis demandée si je lui faisais le traditionnel ticket de métro, ou si j’innovais en taillant un petit brésilien (à coup sûr, il remarquerait cette fantaisie). Finalement, j’ai opté pour le renouveau : soyons foufous, on se connait bien maintenant, j’avais envie de le surprendre. Tout cela était sans compter le fait que je ne vois plus rien du tout de ce qu’il se passe en dessous de mon nombril. Ce qui fait que j’ai taillé à l’oeil. Ou plutôt en fermant les yeux. Il est bien connu qu’on touche mieux les yeux fermés (parlez-en à un aveugle). A la fin de mon oeuvre, je me sentais un peu comme Rodin au dernier coup de burin sur son Penseur. J’ai appelé l’Homme pour lui montrer le résultat.

D’abord, il a trouvé ça bizarre que je l’appelle pour contrôler mon dégradé. Il est pas très funky, l’Homme. Il pige pas grand chose aux histoires de poils (sûrement parce qu’il n’en a pas). Il osait pas regarder, il faisait son timide un peu outré. Je lui ai rappelé qu’il faisait moins son choqué la dernière fois qu’il y a mis le nez. Il a dit que ça n’avait rien à voir. Quand il s’est penché, il a fait une drôle de tête. Manifestement, Rodin était devenu parkinsonien avec l’âge. Mon brésilien doux et suave avait laissé place à un mi-ticket-de-métro-punk-brésilien. J’ai pris un miroir pour regarder, et j’ai un peu pleuré. Je me suis dit qu’il me restait la solution de tout raser, mais mon amour pour le Dr M&M’s durerait bien moins longtemps que l’envie de me gratter la fouf avec une brosse métallique. Et puis je voulais pas faire ma catin. Pas de suite. Alors, j’ai laissé. Il se dira que je suis une artiste contemporaine quand vient l’automne, ça ajoutera à mon mysticisme, à mon charme naturel.

Quand il m’a ouvert, il m’a serré la main si fort que j’ai senti quelques phalanges craquer. Il était tout ému, ça se sentait (il avait mis une chemise). Il ne maîtrisait déjà plus tout à fait ses gestes, ça en disait déjà long sur les vingt minutes que nous allions passer. Tout doux, coquinou, je sais que ça fait longtemps, mais bon.
On a discuté un peu de l’échographie de Numéro Trois. Que la toubib avait fumé le calumet par l’anus ce jour-là, alors que même si je ne suis pas de nature très stressée, là j’avais un peu flippé que mon Rôti ne naisse finalement avec deux estomacs et un troisième oeil. Il a acquiescé tout du long. J’ai réussi à lui placer que j’avais quand même fait une fac de bio, ça nous faisait un autre point commun (médecine et biologie, c’est pareil). A un ou deux détails près, il a dit que j’avais eu raison de m’inquiéter, que la nana aurait dû arrêter son examen si elle était trop fatiguée, que même si c’est rare c’est comme ça qu’on oublie des choses, que vraiment, ça l’agaçait qu’il existe encore des professionnels comme ça, que j’étais particulièrement en beauté aujourd’hui, et qu’il allait revérifier le plus important lors de l’écho à venir. Bref, il me draguait encore.

Pour détendre l’atmosphère, on a ri en se regardant du coin de l’oeil. Il était perturbé, ça se sentait. N’y tenant plus, il m’a demandé de « passer à côté ». Cette fois-ci, il m’a accompagnée pendant que « j’enlevais le bas » puis chevauchais les étriers (je suis sa Calamity Jane, je crois). J’étais bien, j’avais mis mon slip avec la dentelle et les cupcakes. C’est fou, cette proximité qui s’installe entre nous. Il n’a fait aucune remarque sur ma toison néo-gothique. Je crois que je lui en ai bouché un coin sur mes exubérances intimes. Il a mesuré le gnome, qui ne dispose donc pas d’un second estomac ni d’un troisième oeil, et qui approche du kilogramme. Des trémolos dans la voix, il m’a annoncé que mon col mesurait 4.6 cm (call me Claudine). J’ai présumé que c’était bon signe (je suis pas très calée en longueur de col) (même si j’aimerais faire médecine) (je te l’ai déjà dit ?). Pendant l’écho, il m’a fait de petites blagounettes en rapport avec notre discussion d’avant, des private jokes, en somme. Ah, ce qu’on a ri. Et puis l’heure tournant, l’examen s’est terminé un peu tôt. Il m’a dit que tout était parfait (tu m’étonnes), et qu’il avait fini.

Sur ce, il m’a essuyé le gel délicatement (tu sens tout l’érotisme qui se dégage de ce morceau de phrase ?), m’a dit qu’il faudrait que je me pèse avant de partir, puis il a raccroché sur son support son ersatz de godemichet qui sert à l’écho (s’il croit que je ne vois pas où il veut en venir…) et il est parti à son bureau. C’est donc tout naturellement que je l’ai suivi. Parfaitement : le cul encore à l’air. Ce n’est qu’en sentant le cuir frais de la chaise que j’ai senti que j’avais oublié comme un truc. Comme ma culotte et mon jean, par exemple.

Pas besoin de te faire un dessin de la situation. Je crains être passée en deux secondes de la Calamity Jane des étriers à la patiente-cul-nu. Manifestement, je suis superbe dans la tourmente, puisqu’il a ri gentiment. J’ai donc bondi dans la pièce d’examen pour me reculotter, et j’ai refait mon apparition dans son bureau, au ralenti. Si j’avais été blonde, on aurait dit Pamela Anderson sur la plage de Malibu. Faire diversion avec ses atouts physiques, règle numéro un.

Après cette déconvenue déjà oubliée, il m’a donné un grimoire entier d’ordonnances en tous genres, notamment le fameux test O’Sullivan, dont je te parlerai sûrement puisque pour le grelot mâle, j’avais eu la bonne idée de faire un malaise au laboratoire. On a regardé nos agendas tristement. Il m’a dit qu’il allait falloir que je sois forte, et que je prenne rendez-vous avec un nouvel obstétricien de la clinique où je pondrai. De fil en aiguilles, de battements de cils en bafouillage médical, il s’avère que nous dérogerons à cette règle en nous voyant une toute dernière fois à la fin du mois prochain, « pour le plaisir » (je cite). C’est difficile de quitter une relation aussi équilibrée que la nôtre, je te le dis. Du coup, ça allait mieux. On était guillerets, il avait fini de tapoter sur son ordi, rangé mon dossier, et il me regardait sans bouger, en souriant. Je me suis sentie rudement flattée mais un peu bête, je ne savais pas si c’était à ce moment là qu’il fallait parler météo ou bien s’il attendait de palper à nouveau mes obus mammaires.

« Euh… il me faudrait votre carte vitale… Ça vous fait 40 euros. » J’ai fait mon étourdie (je le fais super bien), et j’ai dégainé les cartes, en lui disant « hin hin, c’est sûr que si on vous paie pas, vous aurez du mal à gagner votre vie… hin hin » (en fait, là, j’avais l’air con). Ce à quoi il m’a répondu que s’il n’était pas fliqué par ces salauds de la Sécu, il ferait bien des fleurs à des patientes sympas comme moi.

Là, j’ai compris qu’il butinerait bien ma petite fleur parce que j’étais sympa. Mais je crois que j’ai pas bien tout compris.

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13 thoughts on “Dr M&M’s et Calamity Jane les fesses à l’air

  1. quand je rencontre une jeune femme de bon matin,

    Je ne pense qu’à son utérus, son col ou son vagin,

    Voilà mon cruel prologue,
    Je suis gynécologue!

  2. La prochaine fois, pense à mettre une caméra cachée dans ton collier, j’aurais bien aimé voir sa tête quand il t’a vu revenir cul-nu à son bureau…

  3. jérém : ta poésie m’épatera toujours. Tu as foiré une vocation (de poète, pas de gynécologue)

    les filles : attention, la toison chattale à la Punky Brewster, c’est en fait très travaillé. Cela nécessite une grande maîtrise du hasard total. C’est pas un truc de débutante, quoi.

  4. Bon, te suivre apparait comme une evidence…Je viens de devorer 4 mois de ta life, j’ai besoin de rire (premiere grossesse oblige !)….merci j’avoue l’article sur ta rentree et tes intestins a fait pencher la balance ! Ton art de la description décomplexée procure du plaisir ! PS: pour me destresser, tu me dis (en mp sinon :-) ), ton vrai poids a trois mois de grossesse ? La bise bonne journee et courage ♡

  5. J’ai bien ris, j’adore tes articles chez le gyné, dommage si j’ai bien compris, il s’agit de l’avant dernier….Je penserai à toi j’y vais ce soir, par contre moi j’ai une mamie de 66 ans qui me fait payer 60€, je crois que je me fais légèrement entuber dans l’histoire^^

    1. Dominique-nique-nique : cet argument porte donc ce fond d’écran en top one dans mon coeur. J’ai toujours rêvé d’un blog façon culottes Damart.

  6. Va falloir encore monter le niveau pour la dernière visite ! Même si la raie Picasso et la révolutionnaire sans-culotte, ça envoie déjà pas mal du lourd. Peut-être un ratiboisage à la M, ça lui rappellera les M&M’s…

  7. Avec tes histoires de Calamity Jane et de O’Sullivan, tu me donnes envie de relire tout Lucky Luke en me gavant de M&M’s. Cul nu.

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