Comme un parfum dans l’air

Ça sent…

Ça sent la classe qui se vide doucement, les cahiers épais que l’on referme, les tous fins qui arrivent, l’odeur de sa classe, une dernière fois, les dessins plein d’amour que l’on décroche de derrière le bureau, l’ampoule du tableau qui clignote de fatigue, les genoux écorchés, les projets qui sont nés, les collègues que l’on a aimés, qui vont nous manquer, les nouveaux qu’on aimera, les rires de la classe, les petites victoires et les grandes batailles, les coups de gueule, aussi.

Ça sent les affiches que l’on décroche, l’écho d’une pièce vide qui revient, les bureaux que l’on range, les cartables de nos élèves-escargots que l’on remplit. Toute une année, sur les épaules. Ça sent les craies raccourcies, le capuchon du stylo rouge, le cahier d’appel que l’on feuillette, le matin, pour arriver à la toute dernière page. Comme c’est vite passé.

Ça sent les prep’ qui se font très limitées, les récréations qui s’étirent, la petite boule du fond de la gorge, tous ces gens avec qui on a avancé, l’année passée que l’on connaît, et la suivante, qu’on devine…

Ça sent la peau qui commence doucement à bronzer, l’odeur chaude et suave de la crème solaire, la fraîcheur des intérieurs, et la chaleur étouffante du dehors, l’herbe sèche qui craque, le sable qui glisse, qui s’insinue, qui gratte, qui reste, sur la peau, dans les cheveux, les sandales, au fond du bac à douche.

Ça sent les pins qui dorent, les écureuils curieux, les vitres ouvertes et le vent chaud, le ressac les yeux fermés, les fuites en haut de la dune, le soleil qui se couche au loin, le panier d’été qui sent l’osier, un livre corné, la table que l’on sort pour manger, le melon à la cuillère, les matins tout doux, la lumière dorée qui perce les volets. Tiens, il fait beau ce matin…

Ça sent les au revoir, les soirées qui traînent, les pique-niques à la plage, les bouteilles qui se vident, les tapes sur l’épaule, les fous rires ensoleillés, les tee-shirts colorés, les robes et les hannetons qui volent, les plateaux de fruits de mer, l’odeur de ma pinède proustienne, le monoï qui s’évapore, le barbecue qui grille, les étoiles qui filent, les moustiques qui piquent et les coups de soleil qui brûlent.

Ça sent les étés de mon enfance, les volets cabanés, l’odeur boisée de la villa, les châteaux de sable, les algues qui collent, la crème sur le nez, les glaces à l’eau, les collectes éphémères de coquillages, les pétanques devant la maison, les cigales qui chantent, qui chantent…

Ça sent les bouées à l’odeur de plastique, les gaufres près de la jetée, le banc d’Arguin en bateau, les pique-niques qui n’en finissent pas, les courses à la crevette, les concours d’apnée, le sel dans le nez, les yeux qui piquent, les chaussures en plastique, les crabes à débusquer et les siestes bien méritées…

Ça sent les vacances, la fin d’une année, le début de l’été, un éternel recommencement, une page qui se tourne, doucement…


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16 thoughts on “Comme un parfum dans l’air

  1. Cela sent surtout la salle de bain qu’il va falloir casser puis remonter,la poussière de plâtre dans tes trous de nez !
    Dans les forêts de pin de l’été des mouchoirs tu devras emmené car sinon ton fessier sera irrité à coup d’aiguille,d’ajonc et de roncier.

      1. Meury, son comm date de 2011, année où j’ai eu MA salle de bain de folie furieuse. Je pense que ça nous a calmé des salles de bains pour quelques années (on mord, quand on nous dit « douche italienne »).

  2. Maîtresse aussi, et avec les mêmes (ou presque) étés d’enfance que toi (et de maintenant aussi…) ça me parle, et c’est bête mais ça m’a mis les larmes aux yeux! (oui bon, avec la fatigue aussi…)
    Je viens de découvrir votre blog il y a peu, et c’est… savoureux! Merci!

  3. Oh ben non Sarah c’est pas bête moi je ne suis pas maitresse et j’ai aussi les yeux qui piquent et je croise les doigts fort fort fort pour que quand ma Poupounette ira à l’école, elle ait une maitresse qui pense et ressent tout ça… Merci Chag <3

    1. hahaha, il a dégonflé, c’est donc vachement moins drôle. On est bons pour un bilan allergo à l’automne. Chouette, alors ! En plus de l’orthoptiste pour lui remettre les yeux en face des trous, et de l’orthodontiste de Bulle, à qui je vais probablement commencer à payer sa piscine intérieure chauffée.

  4. Oh moi aussi, la larme à l’oeil en lisant ça…espérons que la page ne se tournera pas tout de suite (satané mouvement!!) Je découvre ton blog, un régal!

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