Chroniques de photocopieuse

photocopieuse

Mes écureuils,

Dernièrement, les plus assidus d’entre toi ont pris conscience des deux points névralgiques de la vie d’instit : le café (<– tu peux cliquer, noob, ziciz a lien), et la photocopieuse. Pour mettre une école à feu et à sang, il existe donc plusieurs options. La première est donc de planquer les packs de café moulu, et la seconde, de niquer la photocopieuse. Car pas de drogue ni de polycopiés, et vous signez la fin de l’Education Nationale.

Mais laisse moi t’expliquer.

Généralement, les écoles disposent d’environ une photocopieuse pour huit enseignants. C’est une moyenne (j’ai fait des études scientifiques). Huit enseignants, qui donc se font la guéguerre chaque matin, parce que la photocopieuse, c’est comme les soldes chez H&M : premier arrivé, premier servi. Les sans-enfants, ces rats, ont donc un avantage certain, tu en conviendras (le premier qui dit que les instit’ bossent uniquement de 9h à 17h, je lui fais bouffer mon tampon, ok ?). Ce schmilblick est une affaire de calcul, parce que même si tout parait bordélique, en fait, c’est sacrément ritualisé. Un truc de gueudin.

D’abord, il y a le collègue très matinal, qui du coup, n’embête personne puisqu’à l’heure où il branche la photocopieuse, toi, tu as encore une haleine de hyène polonaise et du caca au coin des yeux. Là où ça se corse, c’est lorsqu’on rentre dans les trois quarts d’heure maudits, ceux qui précèdent la sonnerie du début des emmerdements de la classe. Ce créneau, c’est celui de toutes les batailles, de toutes les guerres, de toutes les engueulades. De la lolerie en barre.

Si on décide d’arriver au début, c’est quitte ou double. A savoir que si on est effectivement le premier, c’est tout bénef, on pourra photocopier en toute sérénité. Et comme le disait Kate Moss : la sérénité matinale, c’est comme le Nutella à la cuillère, ça a du bon. Mais si par malheur, il y a déjà quelqu’un au turbin, alors là, c’est la méga loose. Tu vas devoir poireauter sec, et ruminer sévère sur le quart d’heure de sommeil sur lequel tu t’es assis pour rien. D’autant plus que, comme à la caisse chez Carrouf, tu ne peux pas bouger. Si, en attendant, tu penses à aller corriger ou préparer ta classe, ça signifie que tu perds lamentablement ta place. Tu attends donc plus ou moins sagement ton tour. Et parfois, c’est long.

Car il existe toutes sortes de collègues photocophiles. Les plus relous étant ceux qui espèrent secrètement décimer toute l’Amazonie à grands renforts de copies. Certaines écoles limitent les photocopies, par un système de comptage ou de codes personnels. On dira ce qu’on voudra, mais ce sont là de sages décisions. Car l’instit’ non limité devient vite un grand taré du débordement (on est des oufs, you know). Le collègue photocophile, quand il s’installe, en a généralement pour presque une demie heure de photocopies. Oui oui, trente minutes. Trente longues putains de minutes, pendant lesquelles tu vois la machine dégueuler ses feuilles à n’en plus finir. Trente interminables minutes pendant lesquelles tu te retiens de faire manger le toner au collègue en question, toi qui as juste deux séries de 25 à faire. Où va le monde, je te le demande.

Il y a aussi l’option d’arriver juste avant la sonnerie. Idée complètement foireuse, car tu te retrouves à batailler avec le collègue qui a été coincé dans les bouchons, celui qui a loupé son réveil, et le débile congénital qui a eu la même idée que toi. Mais bon, comme t’es un peu neuneu, tu tentes encore une petite fois, avant de te dire que never tu recommenceras. Au final, il y a toujours un instit’ niqué, qui doit refaire son emploi du temps matinal à l’arrache parce qu’il n’a rien pu photocopier. Et va comprendre pourquoi, ça tombe toujours sur toi.

Tu me diras, il suffirait de faire ses photocopies le soir, pour le lendemain. Plus exactement, il faudrait que LES AUTRES fassent leurs photocopies le soir pour le lendemain. Non parce que toi, je te le rappelle, tu es TRS. Donc à moins d’être aussi organisé qu’un coucou moldave, tu ne peux pas faire ça d’une semaine à l’autre. Non, tu ne peux pas.

Ah, j’ai failli te quitter en oubliant de te raconter le mieux : le collègue saboteur. Celui qui NIQUE la photocopieuse, et se barre l’air de rien. Non parce que c’est capricieux, ces bêtes-là. Il faut leur parler dans le sens de la feuille, et caresser leurs boutons avec la délicatesse d’un agneau pascal. Mais parfois, malgré toutes tes précautions, la chose se met à clignoter de partout et à émettre des rugissements sataniques. Généralement, pile quand il faut pas. Il faut alors que tu regardes le code d’erreur J002, tu ouvres minutieusement la porte B2, puis la A6, tu tires le tiroir Y en faisant tourner les quatre rouleaux, pour trouver (dans le meilleur des cas) un morceau de feuille de 2 cm², qui t’aura fait perdre 10 minutes, un florilège d’insultes et trois litres de sueur. Quand tu le trouves, c’est un peu Noël. T’as l’impression d’être le Docteur Shepherd après l’ablation d’un glioblastome (je t’ai déjà dit que je voulais être médecin ?).

Mais si toi, tu assumes le merdier que tu as indirectement causé, sache que tu es une espèce rare. Car bien souvent, l’enfoiré le collègue qui plante le turbin lâche deux trois insultes, regarde furtivement autour de lui (histoire de mater si y’a personne), et se barre, tout simplement. Là encore, tu me diras, quelle est la probabilité pour que la gourde qui passe juste après soit bibi ? Voilà. Je sue et insulte donc pour le merdier causé par les autres. J’aurais dû bosser aux Restos du coeur.

La meilleure blague reste quand même quand les machines sont VRAIMENT plantées. Puisque l’équipe toute entière est à deux doigts de l’apoplexie pédagogique et se met à couiner dans tous les sens. On se demande même s’il ne faut pas déclencher le PPMS et le code Lyoko.

Plus personne ne sait donc faire la classe sans photocopies. Ce qui me fait doucement marrer. Un jour de panne, je planquerai le café moulu aussi. Juste pour voir qui survivra.

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15 thoughts on “Chroniques de photocopieuse

  1. hahaha j’ai tellement rigolé ! ça me rappelle tellement de souvenirs (ouais 2 ans sans bosser, je commence à tout oublier)
    Moi jpeux faire cours sans photocopies, pas un problème… Mais le café, bordel… Je tue tout le monde si j’en ai pas !

    1. Rha disons que je (con)cède que chez les petits, c’est quand même compliqué de faire la classe sans photocopies du tout. Mon écologisme chronique me fait faire des montages de tarés pour économiser trois feuilles. On se refait pas. Mais j’ai comme l’impression que ça va piquer sec, quand tu vas reprendre le taff !

  2. Mmh, les photocopies… Je me rappelle avoir craqué un jour pour cause de reprographie fermée. Va expliquer que tu chiales parce que tu ne peux pas faire tes photocopies (la véritable raison était que j’étais très très très fatiguée et que dans cet état de fatigue, le moindre imprévu nous paraît une montagne). En tout cas, ce jour-là j’ai compris une des raisons pour lesquelles le métier d’enseignant peut être très dur : pas moyen de « se cacher » sur son lieu de travail, pas de bureau où se retrouver seul, soit la salle des profs avec les collègues, et partout ailleurs double combo collègues+élèves.

    1. ‘parait que les chiottes, c’est pas mal. Et puis c’est une vue de l’esprit, cette histoire de fatigue. Souviens toi bien : les profs sont TOUJOURS en vacances ! Ce qui effectivement, n’est pas complètement faux, mais les vacances, c’est l’occasion pour nous de faire des trucs de oufs qu’on ne fait pas les autres jours, comme tomber malade, par exemple…

  3. Pfff, jeunettes, va ! Vous n’avez pas connu les stencils. Nés avant la photocopieuse. Une sorte de papier mou sur lequel on écrivait le texte à la machine, et qui se transperçait. Bon, si faute de frappe, on mettait une sorte de vernis à ongles rose pour boucher le trou. Une fois le pensum à trous fini, on mettait de l’encre sur un rouleau et on « passait » le stencil dans le rouleau, qui imprimait par capillarité sur une feuille absorbante. On ressortait de là : feuilles tachées, toi tachée, stencil froissé qui n’imprimait plus que des gribouillis et des taches, nettoyage du rouleau… taché bien sûr. Même les murs s’en prenaient.
    Quand j’ai vu ma première photocopieuse, j’aurais fait l’amour avec elle si elle avait voulu.

    1. Tu sais, j’ai de très bons souvenirs de ma propre scolarité primaire, quand le maître venait juste de faire des polycopiés violets. Je me souviens de l’odeur de l’encre violette. Je me collais les feuilles sous le coin du tarin comme si c’étaient des fraises Tagada (j’ai un truc avec les odeurs, cherche pas). Et alors dis moi si je me trompe, mais dans mes souvenirs édulcorés, il me semble que les feuilles étaient chaudes. Mais je me trompe peut-être (je vouais une fascination totale envers mes instit’… comme de par hasard). Parfois, j’avais même le droit de tourner le rouleau. Je te raconte pas comment je me la pétais graaaaave. Le bon côté, c’est que je n’ai connu ça qu’en tant qu’élève. Effectivement, je n’avais pas à jouer les imprimeuse en niquant ma tunique Zara au passage. Et dire que quand je serai à la retraite, dans quarante balais (étouffez-moi NOW), je dirai aux djeuns : « A mon époque, on tapait sur un clavier, et ça écrivait des pages virtuelles sur un ordinateur, qu’il fallait ensuite imprimer via une im-pri-mante, et enfin on passait cette feuille dans une pho-to-co-pieuse (ou -pieur) et ça les sortait ». Énorme.

  4. Cette odeur, quant à moi, je la connaissais avec les tampons encreurs violets à la maternelle. L’instit les appliquait sur des feuilles de papier qu’il fallait colorier. Cette odeur, ah cette odeur.
    Tu crois qu’ils collaient un appeau à enfants dedans ?

  5. Puis je apporter une précision notable au fonctionnement de la photocopie? La notre est en réseau avec les ordinateurs de la salle informatique donc on peut imprimer via son petit ordinateur discrètement en grillant la priorité à tout le monde et tout ça en disant: oups, pardon j’avais pas vu qu’il y avait du monde qui attendait!… Hahahaha (rires maléfiques) 😉
    Comme t’es gentille, je vais te révéler qu’il y a une touche secrète sur la photocopieuse qui te permet de programmer tes séries de photocopies 5min avant la sonnerie et d’aller pisser un coup en attendant! Hahahahaha ;-p

  6. Je tiens à mentionner une statistique haute d’une photocopieuse pour 12 enseignants (plus 3 Rased, 1 directeur, 1 secrétaire, 3 profs de langue…) : tu comprends peut-être pourquoi je n’ai pas l’illusion de faire mes photocops le matin à l’arrache et pourquoi je préfère les passer tranquillou le soir avant de partir…

    1. Ah oui. Effectivement. Je pense qu’il est grand temps que quelqu’un se dévoue pour se prostituer à la mairie. Toi, par exemple.

  7. Sinon, pour lutter contre les décimeurs d’Amazomie, on a une règle simple : pas plus de 2 séries à la suite le matin (celle-là j’ai jamais vu de mes yeux ce que ça donne mais je crois qu’elle est plutôt bien respectée) et pas de séries lancées depuis les classes (genre tu t’apprête à photocopier 1 fuillet en 1 exemplaire et là la photocopieuse s’active toute seule parce que jean-Patou, en salle 12, vient de lancer six séries de 30…) entre 13h15 et 13h30 : ouais, il faut descendre et assumer le regard accusateur des autres dans ces cas là :)

    1. Ah oui, ça c’est MEGA RELOU. Mention spéciale, aussi, à ceux qui laissent les feuilles colorées dans le bac. SOYEZ MAUDITS !

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