Une semaine de Chag à Barcelone

La semaine dernière, on l’a passée à Barcelone. C’était rudement chouette. Aussi, comme l’année dernière avec Rome, j’ai posté chaque soir une photo avec un texte retraçant notre journée. Une photo pourrie de téléphone (c’est mon côté Amish des internets). Évidemment, c’était uniquement sur Instagram, rapport qu’ailleurs, la portée est trop grande et que je ne peux pas suivre (je suis la Madonna des fonctionnaires). Du coup, comme certains sont venus chouiner gentiment que c’était pas pratique et que j’avais beaucoup écrit et nianiania (ce que vous pouvez être chiants), alors dans ma grande magnanimité, j’ai fait des copier-coller de derrière les fagots, et je vous ai remis tout l’historique du merdier ici. Hein que vous êtes contents, bande de sales fouines. A chaque fois, je voulais écrire encore plus, mais ce gros radin d’Instagram limitait à 2200 pauvres caractères. Tu parles d’une arnaque. Enfin bon, il faudra t’en contenter, et puis, sur une semaine complète, il y a finalement matière à bouquiner. Allez, salut !

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[Sandy]

Ci-dessus, le camaïeu parfait de l’enfant qui vient de subir deux heures de route, et qui va devoir s’en enquiller au-moins cinq de plus avant d’arriver à Barcelone. Mes amis, l’exploit ce n’est pas d’occuper ce petit monde, non, l’exploit, c’est d’avoir casé tout le merdier de cinq personnes dans une Sandero. Et ça, crois moi, c’était challenge (la prochaine fois, on partira chez les culs-nus, on gagnera des litres de coffre).

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[Barcelone, jour 1]

À l’heure de l’apéro catalan, faisons ensemble un bilan de ces dernières heures folles. D’abord, sept heures de bagnole avec trois chiards, laissez-moi vous dire que j’hyperventilais des cuisses rien que d’y penser. Ça a sûrement dû nous porter chance, puisque pas un seul « C’est quand qu’on arrive ? » n’est parvenu jusqu’à mes oreilles (ou alors, c’était la chaleur, je ne sais plus très bien). On a vu Carcassonne de loin et CoinCoin nous a saoulé avec des questions sur les mâchicoulis et les créneaux pendant 150 km. Après quelques sueurs froides sur le périph barcelonais – les gonzes ont collé deux panneaux : à gauche « Barcelona », à droite « Barcelona » (je te le donne en mille, on a pris le mauvais), on a posé nos fions dans notre appart AirBnb judicieusement dégoté, puis on est parti faire ce que j’aime le plus au monde en voyage : des courses au supermarché. Encore mieux que les bars ou les musées, le supermarché du bas de la rue, très abordable en Espagne. Je n’aime rien moins que de remplir frénétiquement mon panier uniquement avec des produits que je ne connais point. Et si vous saviez à quel point on couinait dans ce foutu magasin, ça vous aurait bien fait marrer. Peut-être autant que le caissier juvénile et au pectoral saillant qui tenait le bouzin. Pour l’apéro, les gosses ont pris des sachets de Tang (c’est des vacances healthy), l’Homme a pris du jus de pêche (il ovule, certainement), et moi j’ai opté pour cette bière à l’emballage attrayant et au nom de sandwich explorateur. En arrivant, j’ai vu « gluten free » et j’ai eu peur que le chemin de la rédemption capitonnaire m’ait suivi jusqu’ici. J’ai prié fort pour qu’elle soit dégueulasse et que je puisse salement chambrer Sésame au retour. Bordel, que dalle, elle était bonne. Du coup, on a mangé des beignets au faux crabe avec des vrais haricots palettes et de la mayonnaise, et les gosses ont bouffé de la jelly infecte pour le dessert. Ils détestent, j’en étais sûre (je les ai enfantés). Pour conclure tout ça, Bulle et moi allons gambader dans la Barceloneta à la tombée de la nuit. Il paraît qu’il y a de l’Espagnol que calor.
Ça tombe bien, j’ai toujours aimé les sèche-cheveux.

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[Gaudi vs Klimt]

Avant de partir, CoinCoin était hyper emballé par l’idée d’aller dans les musées voir des toiles célèbres. Ce simple état de fait gonflait de manière évidente et exagérée ma fierté maternelle et enseignante (je veux dire, du coup, il est au-moins surdoué, non ?). Le pauvre est tombé de haut quand il a compris que les stars du coin étaient Gaudi, Dali, Miro ou Picasso. « Mais quoi ? Tu veux dire qu’on ne verra AUCUN Gustave Klimt ? Mais c’est mon peintre préféré ! » Première fois qu’il nous causait de lui. Parler de déception serait minimiser le foin qu’il nous a fait, genre on lui aurait menti. Mais en arrivant dans l’appartement, j’ai vu son regard briller de nouveau au-dessus du lit parental : « Mais Maman, tu vois, il y a un Gustave Klimt ! » Comme j’ai un niveau culturel et peinturesque à peu près égal à celui de ma connaissance des règles du water-polo, j’ai fait une moue dubitative et j’ai dégainé Google ➡ le gosse avait raison. Depuis, tout va mieux pour sa culture, je compte me servir de l’argument « Il y a peut être un Klimt dans le musée » pour le faire entrer n’importe où.
Alors les gars, le gosse est peut-être pas surdoué et je sais pas vous, mais moi je crois qu’il se passe des choses surréalistes ici.

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[T’es Miro ou quoi ?]

« Euh, alors le gant blanc du premier plan schématise un truc. Un truc que j’ai pas tout compris mais qui a l’air facile et un peu compliqué en même temps, hein. » Le gonze qui a décidé de faire des audioguides à partir d’Ipod est un génie. Ou comment Miro va peut être égaler Klimt.

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[Barcelone, jour 2]

L’adoleschiante – comme tous les ados – est principalement mue par deux lubbies : ses cheveux et la plage. Si la question capillaire est vite réglée, celle de la plage nous a valu un harcèlement assez poussé à base de « Non mais attends, y’a la Méditerranée et on s’est pas encore baignés dedans ! ». La plage barcelonaise n’étant pas vraiment ce qu’il se fait de mieux – enfin sauf si on aime les déchets – je repoussais sans cesse l’échéance (c’est à dire 24h, quoi). Alors ce soir, après de la bière et des tapas où le clou du merdier, c’était quand le serveur m’a apportée un pauvre anchois à l’huile avec, dans une assiette séparée, son unique arête mais frite (c’était ça le ) (ces gens sont étranges), on a filé se baigner. Il était certes 21h30, mais la mer ne s’en va pas. La gosse est restée dans l’eau à sourire bêtement pendant des siècles en répétant « Elle est trop bonne ! ». Évidemment, elle ne parlait pas de moi, l’ingrate.
Sinon, ce matin, on a traîné nos guêtres sur les Ramblas qui ne servent à rien, sauf à accéder à la Boqueria où, en bons touristes, on a siroté des jus de fruits pas chers avec un peu de fruits et beaucoup d’eau.
Après la sieste, on est donc allés à la fondation Miro, que j’avais légèrement survendue à la troupe pour créer une émulsion artistique. Dès la salle 2, Bulle regardait son père en haussant les sourcils, CoinCoin écoutait son audioguide en regardant le tableau à l’écran au lieu d’en face de lui, Paupiette essayait de toucher à peu près tout et l’homme cherchait de quoi se défenestrer. Le placer dans un tel lieu, c’était quand même risqué, lui qui déteste tout ça sans jamais y avoir mis les pieds (➡ ruralité : 1). L’apothéose fut lorsqu’il se retrouva devant trois immenses toiles blanches contenant chacune une unique ligne noire. Un instant, j’ai cru devoir le ranimer en lui filant des baignes. J’ai donc du lui promettre du sexe nocturne pour le faire avancer, en lui collant l’audioguide du gosse dans les oreilles. Finalement, il a dit que Miro était barré mais que sa culture s’était enrichie (➡ musée : 1). La bonne nouvelle, c’est que maintenant, il dort en ayant oublié la carotte du musée.

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[Comptons les boutons]

Je blague, je blague, mais j’en oublie de vous raconter le vrai du moment. Voyez-vous, l’enfant dernier, croyant certainement ne pas s’être suffisamment fait remarquer ces derniers temps, nous a sorti une petite varicelle de derrière les fagots. Le jour 1, je veux dire. C’est qu’elle a le sens du détail. Depuis, elle se transforme gentiment mais sûrement en calculatrice scientifique. Il ne manquait plus que ça, me direz-vous. Et vous auriez raison. Pendant que l’on compte les boutons en la gavant de sirop anti-gratouille (j’ai tout prévu) (on dirait ma mère), l’enfant s’instruit. Bien sûr, qu’elle sait lire (elle est très en avance, je crois qu’elle est surdouée comme son frère). Qu’est ce qu’on rigole, vous ne trouvez pas ? Au rythme où on va – on est 3 a avoir aussi une conjonctivite – moi je me demande surtout ce que nous réserve la suite. Et la gueule qu’on aura pour la vie sur les photos de nos vacances barcelonaises.
Ah et sinon, vous remarquerez que je pousse le souci du détail jusqu’au bout : non, on n’a pas emmené notre chatte hystérique, j’ai simplement pris un appartement avec exactement le même chat (mais en moins chiant), histoire de ne pas perturber les gosses.
C’était bien la peine de se casser la rondelle si c’est pour être remerciée par une varicelle, tiens.
Sales gosses.

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[Barcelone, jour 3]

Ce matin, c’était pèlerinage. Voyez-vous, mon unique venue en ces lieux datait d’avril 2008, pour des vacances mémorables entre copains et où l’enfant sur la photo était au stade des premiers gigotements utérins. Nous logions alors dans le chouette Barri Gothic. Nous y avons vécu une semaine extraordinaire, que j’aurais pu vous montrer si seulement on ne s’était pas fait tirer tous nos papiers, téléphones et appareils photos à dix minutes du départ. C’est d’un classique… Du coup, j’ai emprunté à nouveau ces ruelles et tout est revenu comme une madeleine : les couleurs, les vitrines des magasins, l’entrée du métro, les fenêtres de notre appartement et évidemment, notre supermarché d’en bas. Tout ceci était absolument divin, jusqu’au moment où un estomac a gargouillé et où, d’un commun accord avec eux-mêmes, chaque membre de la famille a décidé de manger chez Burger King, enseigne tellement catalane, vous en conviendrez. Sinon, on a vu une cathédrale très chouette, avec des oies dedans et dans laquelle CoinCoin a réactivé immédiatement sa passion pour les morts (= gaieté et joie de vivre). On est rentré pour siester et compter les boutons de Paupiette qui s’apprête à nous faire la varicelle la plus carabinée des trois, mais comme cette enfant ne dit jamais rien, ça n’entrave en rien notre programme.
Je voulais emmener la troupe à la Casa Battló et à la Pedrera, mais nous aurions dû débourser plus de 80 balles pour 5 et pour chaque lieu. Alors j’ai dit un truc comme quoi Gaudí c’était rien qu’un sale trou du cul, que de dehors c’était bien aussi et qu’avec les sous qu’on n’a pas sorti, on pourra s’acheter des bières et des bonbecs. Alors d’un coup, tout le monde était d’accord. Surtout l’homme qui a vu l’occasion d’esquiver deux musées d’un seul coup, tu parles d’une aubaine (au diable les carottes)
Nous avons fini par le fameux parc Guell, où il a fait gris. D’ailleurs, il a plu cette nuit, il pleut en ce moment et ils en annoncent pour demain. Sachant qu’il y a 4 jours de pluie mensuels à Barcelone en juillet, je me dis qu’on a bien choisi notre moment. Ou alors, c’est pour aller avec la varicelle, je ne sais pas.

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[L’ado et Primark]

Ce matin, l’adoleschiante et moi avons traversé la ville, pris environ treize métros et douze bus pour arriver dans le temple de la saloperie asiatique et assouvir sa troisième lubie espagnole : claquer les thunes de sa mère chez Primark. J’avoue avoir pris un certain plaisir à jeter dans le sac toutes ces choses absolument inutiles que peuvent être des éponges de douche en forme d’abeille ou encore un litre de liquide à bulles pour 1,30 euros (ne riez pas, un coup sur deux, un de mes chiards renverse le pot sur le parquet avant d’avoir soufflé sa première bulle). Je vous passe le moment d’anthologie au rayon des chaussures en plastique, où j’essayais à la fois de fourrer mon panard dans un pied, tout en montrant à ma soeur l’intégralité de la collection par whatsapp, puis attendre qu’elle se décide sur la paire, puis sur la taille, puis que je trouve ma pointure et que l’ado vienne me voir pour la onzième fois en trois minutes en jetant dans le shopping bag une nouvelle chinoiserie indispensable (comme un porte sticks à lèvres, par exemple). Le comble du ridicule fut atteint au rayon enfant, où j’ai dégoté pour CoinCoin tout un tas de saloperies Star Wars contraires à ma religion (distributeurs de Pez inclus), persuadée de faire à chaque fois l’affaire du siècle (oui, même si ça reste des slibards et des pyjous). Ou alors, le pire c’est quand j’ai couiné en dénichant un dentifrice Peppa Pig qui schmoute le shampooing pour tapis, je ne sais pas trop. Je vous passe aussi ma joie en découvrant un lot de culottes Batman parfaitement à ma taille. A la fin, le sac était si lourd qu’on ne pouvait plus le soulever du lino dégueulasse. Heureusement qu’on avait aussi acheté deux sacs qui nous ont permis de ramener tout ça à l’appartement, en passant par une seule ligne de bus que nous n’avions pas vue à l’aller. On était contentes comme si c’était Noël, en distribuant aux gosses tout notre merdier. Bien évidemment, ça a coûté un bras aussi long que si on avait finalement visité la Casa Battlo et Pedrera réunies, ce qui fait de Primark un trou du cul moins puant que Gaudi mais hey, la mauvaise foi vaincra toujours sur la culture, non ?

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[Barcelone, jour 4]

Après notre petite sauterie chez Primark, l’ado et moi avons retrouvé la troupe restée au repos pour un après-midi foufou : le musée Picasso. Vous auriez dû voir la tronche de l’homme quand il a pigé que c’était ni du lard ni du cochon et qu’on allait vraiment y aller. Comme d’habitude, en arrivant, j’ai collé un audio guide sur les oreilles de l’enfant du milieu, histoire qu’il s’instruise (ok, qu’il nous foute la paix) ➡ peine perdue, c’était un audio guide old school façon téléphone, au bout de 3 tableaux il a posé le merdier et a préféré squatter la poussette de sa soeur qui, elle, était bien trop occupée à gigoter dans tous les sens en hurlant à l’assemblée qu’elle avait « très mal au kikiiiii » (rapport aux boutons mal placés) (les gens la regardent désormais comme si elle allait leur refiler la variole bubonique en éternuant). L’homme s’était donné pour mission de ne jamais lâcher la poussette, probablement une minable tentative de diversion masculine ➡ c’est mal me connaître. J’ai collé l’audioguide sur ses oreilles et en avant Guingamp. Et à un moment, on l’a perdu. Littéralement, je veux dire. Pfffit !En réalité, il était derrière « parce qu’il avait pas fini d’écouter le truc sur les gonzesses à poil ». De fil en pubis, il a pris goût au truc et, pendant que CoinCoin faisait une fixette sur l’idée de voler discretos une toile en comptant toutes les Wii U qu’il pourrait s’offrir avec, s’est farci les derniers tableaux sans broncher. Et sans aucune carotte, surtout (le soir, je ne suis plus bonne à rien, les amis). Du coup, je me demande si quelqu’un a deja eu oui ou non l’idée de faire des audioguides pour le bouchon du dentifrice et l’usage de la brosse à chiottes… Non, c’est pour un ami.

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[Quasimodo del Barcelona]

Admirez l’ampleur du travail pustulaire qui s’opère sous nos yeux ébahis, chaque jour un peu plus. D’autres poussées de boutons sont à venir les jours prochains. On est tellement contents, on adore passer nos nuits à répéter : « Dors, oublie ton kiki. » Au rythme où c’est parti, il est probable que nous rentrions lundi soir avec Godzilla dans un siège auto. Si vous le voulez bien, nous filons maintenant tenter un exorcisme furonclal à la Sagrada Familia.
Rions, plus fort encore.

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[L’heure espagnole]

21h40, on entame l’apéro sur la terrasse (cet appart est dément). Sangria et pintxos maisons. Enfin, pintxos aux rillettes de canard, faudrait pas croire qu’on a succombé à leur charcuterie dégueulasse (hormis le jamón, évidemment).
Et sangria, donc. Laissez-moi vous dire que ce soir, après deux verres de plus, ce ne sera pas une carotte mais une butternut.
Ce que j’aime surtout, en voyage, c’est me fondre dans l’habitude locale. Cette histoire d’heure espagnole me sied comme un gant, moi qui tente de me plier aux horaires respectables le reste du temps, alors que je n’aime rien moins que de faire comme ici : n’avoir jamais une traître idée de l’heure qu’il est. Et m’en secouer salement la nouille.
Tout à l’heure, si je vois encore les touches de mon téléphone (avant la butternut, si vous voyez ce que je veux dire ➡ ), je vous ferai le bilan de la journée, je sais que vous attendez ça comme des fifous que vous êtes. Bande de sales voyeurs.

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[Barcelone, jour 5]

Après une seconde nuit blanche autour du kiki, on avait ce matin décidé de décuver, et moi d’aller chercher le médicament miracle qui sauverait nos nuits futures. L’occasion de tester ma conversation chez un vieux pharmacien catalan à l’accent foireux. Et, comme en Italie, est venu ce moment de grâce où je mélangeais allègrement français, anglais et espagnol de manière très intelligible, ce qui, pour quelqu’un qui n’a jamais fait d’espagnol, est plutôt remarquable, vous ne trouvez pas ? (bien sûr que si, vous trouvez). Quoi que, je m’emballe peut être un peu vite : figurez-vous que pendant mes premières années, j’étais gardée par mes grands-parents, avec une arrière-grand-mère qui ne me causait qu’en espagnol à longueur de journée. Je connaissais donc tout un tas de trucs dans cette langue, trucs que j’ai totalement oubliés depuis. Enfin, c’est ce que je croyais jusqu’à aujourd’hui, puisque je suis à deux doigts de ressortir la théorie de la réminiscence de l’aire du cerveau lié aux langues (ou alors je suis surdouée, je ne vois que ça). Cet aprem, on s’est cogné le fameux « itinéraire moderniste » du Routard. L’homme était encore hyper emballé, donc. On a vu la Sagrada Familia, que tout le monde a adoré, et puis on s’est fadé toute la collec’ des casa de Gaudi : Mila, Battlo and co (mais de dehors, hein, rappelez-vous qu’on est allé chez Primark). On a sué comme des boeufs, on a mangé des glaces pas trop mal mais pas romaines non plus, et l’homme a voulu faire son malin en prenant le fameux horxata Barcelonais, mais c’était immode donc j’ai ricané comme une fouine

Ensuite, on est allé à la plage (oui encore) (j’en peux plus) mais à Poblenou. L’ado a failli mourir de joie parce qu’il y avait une promenade, des buildings, des palmiers et des gens qui faisaient du sport en montrant leurs corps travaillés (à autre chose qu’à la glace au turron), alors elle avait l’impression d’être à Miami et pendant deux heures, j’étais au-moins la meilleure mère du monde.
Pour finir, on devait aller au restau mais le fameux kiki s’est réveillé et on est donc rentrés siroter de la Sangria autour de nos pintxos de fin de frigo pas si dégueux.

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[Barcelone, jour 6]

Forte d’une nuit complète (la gosse a dormi jusqu’à 11h), j’ai abandonné ma troupe pour un de mes autres plaisirs touristiques : faire une activité SEULE. J’avais choisi le MACBA – art contemporain – et c’était rudement chouette, surtout l’expo sur le punk (il y avait plein de zizis). Ça tombait bien que la troupe soit restée à bon port, je pense que j’aurais dû ranimer l’homme devant les photos du gonze qui écrit des mots avec des lettres en cacas humains (bien entendu, cela ne m’a pas DU TOUT donné envie d’essayer de couler les bronzes en Y) (pour le M, il va falloir beaucoup de Forlax) (en ce moment, je mets surtout les points sur les i).
Cet aprem, on a fait le musée d’histoire de la Catalogne. Dit comme ça, c’est pas hyper bandant, mais c’est sacrément chouette, très interactif et le musée était vide donc on a joué à foison : on a moulu des grains, soulevé des amphores, enfilé à l’homme une armure de chevalier (vous auriez dû le voir, on aurait dit Tyrion Lannister) (il fait 1.67m), monté sur un immense cheval de bois. Certes, j’étais en robe et en montant j’ai ainsi offert à la plèbe (deux touristes chinois) la dentelle de ma culotte en polyester mais putain, je tenais une grâce folle sur ce foutu canasson. On aurait dit Jeanne d’Arc les grands jours (ou Brienne, les autres jours, je ne sais pas trop). Ensuite on est allés sur la marina pour voir les yachts dont on ne verra jamais un matelot de près, et les skateurs musclés dont on aimerait bien voir le pompon de près. On a ensuite voulu se faire un restau de tapas sauf que caser cinq pimpoys dont une poussette avec un enfant chikungunya dedans, ça te blackliste direct des merdiers à comptoirs. Dépités, on a traîné nos guêtres sur le front de mer, tous les restaus assis étant pleins, et on a fini à la terrasse d’un restau à burgers. Niveau tapas, on reviendra, mais je confesse que le niveau était très bon.
On a fini en se baladant le long de la plage et, quand on a vu un endroit où des mecs virils et concons viennent bander leurs muscles en public comme à Malibu, l’homme a dit, envieux, qu’il pourrait vivre ici. Ce qu’il est prétentieux, ce Tyrion des Lutins.

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[Barcelone, jour 7]

Tard ce matin, on a filé à la Cité des Sciences Barcelonaise. Et si le décor annonçait un truc foufou, on a été plutôt déçus parce que c’était un peu le gros bordel. Enfin, excepté lors de l’activité en français où l’animateur a demandé à la foule ce qu’était le petit trou sur l’étoile de mer, et que CoinCoin, à l’aise comme à son habitude, a littéralement hurlé : « L’ANUUUS !!! » devant la plèbe désormais en fou rire général. Il est insortable.
Après avoir déjeuné à 16h30, on a siesté et on est allé juste à côté de l’appart, au parc de la Ciutadella. C’était sacrément chouette, on a vu des pompoms girls en plein salto, des percus et on a même pu faire de la barque sur le grand étang. Le type et ses hormones ont décidé que c’était l’homme qui devrait ramer sur le merdier. J’ai ri. Et puis j’ai trouvé que ça manquait de musique. Alors, lorsqu’on s’est pris un deuxième rocher dans la coque en plastoc, j’ai mis la BO de Titanic très fort sur mon téléphone, et je chantais Céline. Fort. Puis, pour varier les plaisirs, j’ai décidé que je serai le DJ de ce foutu étang pour la demi heure à venir. Je crois que toutes les musiques maritimes y sont passées, de Pirates des Caraïbes jusqu’à La mer. C’est quand je me suis clairement prise pour Philippe Lavil qui préfère l’amour en mer, que j’ai senti que les autres barques ne rêvaient que d’une chose : que l’on coule. Vite. Après on s’est baladé dans le parc. On a vu un mammouth et des filles moches qui se prenaient en photo devant une fontaine alors on a fait pareil pour se foutre d’elles. Il y avait aussi, sous un kiosque à la gloire d’une transsexuelle, tout un tas de bobos en tous genres qui dansaient le swing et le charleston sur le son usé d’un vieux gramophone. Des riches et des pauvres, des jeunes et des moins jeunes, des hétéros et des homos, garçons et filles, s’aimaient sous les notes qui grésillaient et la chaleur des derniers rayons du soir, comme une évidence que c’était. Sous les rires, les jupes qui tournaient et les semelles qui frottaient, tout ce merdier collait tellement à ce que j’aime que j’en avais la chiale. Celle de l’amour et aussi du départ qui approche.

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[Barcelone, jour 8]

Les gars, je vais vous dire : on devrait tous allègrement consommer de la butternut au clair de lune et sous les étoiles d’une terrasse barcelonaise. Ça vous conclut une démente semaine de vacances exactement comme il faut.
Après avoir goûté à des pintxos de maboules sur une terrasse dans El Born (mais sans butternut), on s’est dégourdi les gambettes et en avant sur les routes. La climatisation hasardeuse de Sandy tombait rudement bien : on a cru confir dans la bagnole pendant plus de 7 heures (secrètement, je me suis questionnée sur l’éventualité d’une réelle fonte de ma propre graisse) (⬅ 4 ans de fac de bio, sous vos applaudissements). Waze nous a fait esquiver Perpignan et Narbonne, et nous a fait traverser l’Espagne d’est en ouest. Et même si ça faisait un peu flipper, on a vu des paysages à vous taper le cul par terre tellement ils semblaient sortis d’un western. On a aussi traversé des tunnels interminables et j’étais comme une folle parce que j’adore les tunnels (il y faisait frais et les lumières sont rudement chouettes) (non, je n’ai pas de fièvre). Pour conclure, figurez-vous qu’en une semaine, nous avons vu des Espagnols bronzés, tatoués, lookés mais en revanche, pas UN SEUL Espagnol à nuquette. Le pays semble donc définitivement sorti de la crise. Au moins capillairement parlant (et c’est déjà un bon début) (ils partaient de loin). Barcelone est vraiment une ville que j’adore et où je pourrais vivre. C’est jeune, ça bouge, ça ne dort jamais, c’est cette effervescence que je kiffe tellement. Courrez-y, vraiment. Et surtout, vivez vraiment à l’espagnole.

Je pose ici mon dernier #ChagàBarcelone. Mais ne pleurez pas, dans une semaine, avec la BFF, je lance le #ChagàLyon

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Nullipare temporaire

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Il y a de rares dates qui te collent une excitation particulièrement intense et régressive. Comme celle où tes gosses, les trois, partent en vacances quelques jours, sans toi. Et, bonne nouvelle supplémentaire, les deux premiers jours, ils partent aussi avec leur père.

Liesse.

Le droit chemin d’une vie saine aurait pu se profiler, si je n’avais pas, au hasard d’une petite course à faire, croisé la route d’une fromagère au physique disgracieux mais à l’étalage attrayant. C’est que je suis bien faible devant quelques ferments odorants. Après quelques calculs rapides, j’en ai conclu que pour une seule personne et pendant deux jours complets, il m’en faudrait environ sept cents grammes, fourchette que j’estimais plutôt basse. C’est qu’il faut rester raisonnable. Et pour accompagner tout ça, il me fallait bien quelque pâté bien gras, des gâteaux pour le dessert et du rouge bien gouleyant pour faire descendre tout ce merdier bien comme il faut.

Ah, et une laitue.

Le premier matin, il me parut soudain vital de faire le ménage dans tout l’appartement. L’espace d’un instant, je me suis demandée si cette envie première était terriblement pathétique. Mais devant mon érection manifeste à imaginer mon intérieur rangé et propre pendant plus de trente minutes, j’ai estimé que c’était légitime.

Ensuite, mon quotidien fut donc rythmé par des choses complètement dingues. Comme par exemple m’épiler une nouvelle fois le frifri à la pince à épiler (je vois le Dr M&M’s jeudi, je veux lui présenter Claudine sous son meilleur angle), me concentrer sur ce que je faisais dans les toilettes, sans devoir converser en même temps sur le probable emplacement du chargeur de la console de jeux, du vernis à ongles rose mais pas trop, ou de la tétine dégueulasse ; ou encore prendre des douches de plus de quatre minutes.

J’ai également bu environ quatorze litres de thé par jour, le tout en alternant sieste et lecture, activités journalières complètement saugrenues quelques heures auparavant. Néanmoins, il aurait été trop facile de lire les livres les uns après les autres. Ainsi, j’en ai commencé trois, en même temps. Plus ou moins volontairement, d’ailleurs. J’avais commencé, il y a quelques mois, « Les dieux voyagent toujours incognito » de L. Gounelle. L’ennui, c’est que la couverture est moche. Oui, je sais, c’est lamentable et particulièrement puéril, mais je suis une fille à couvertures. Si elle ne me plait pas, impossible pour moi de me fondre dans la lecture, puisque j’associe involontairement le livre avec une couleur improbable (un jour, je te parlerai du fonctionnement particulier de mon cerveau qui, depuis toujours, assimile les personnes, lieux, objets ou évènements à une couleur qui leur est propre. Ma tête est donc un arc-en-ciel permanent où les couleurs se mêlent constamment) (tout ceci était incroyablement amusant, jusqu’à ce que je découvre une seule autre personne fonctionnant à peu près comme ça : un autiste Asperger). Bref, cette foutue couverture est moche, du coup je n’arrive pas à avancer (clairement, personne n’a envie de lire un livre vert d’eau) (à part une blogueuse déco, éventuellement). Alors, j’ai pris le fameux « Les poissons ne ferment pas les yeux » de Erri de Luca, qui sommeillait dans ma bibliothèque depuis des mois. C’était mon édition préférée, il y avait des poissons rouges sur la couverture, j’ai lu quelques pages, c’était chouette. Et puis, au moment de partir en vacances, la semaine dernière, j’ai fourré rapidement dans mon sac un livre avec des poissons rouges sur le dessus. Sauf que je n’ai pas pris le bon, j’ai pris « Le liseur du 6h27 ». Faut quand même être sacrément con pour éditer deux bouquins avec des couvertures qui se ressemblent autant. L’ennui, c’est que j’en suis à la moitié, mais qu’il me plait moyen. Du coup, pleine de culpabilité, j’avance aléatoirement sur deux bouquins, me gardant celui d’Erri De Luca pour la fin. Ah oui, je fais de la boulimie littéraire. Je t’expliquerai ça aussi, un autre jour.

Bon, sinon, à part lire et dormir, je mange tout un tas de trucs que personne ne me taxe, et donc que je ne suis pas obligée de planquer avec culpabilité au fond des placards, dans le panier vapeur en bambou qui ne sert jamais. Je me suis achetée des gaufres liégeoises, très industrielles et dont je suis tellement déçue que j’ai en projet d’en faire des vraies, et puis surtout, des navettes de Provence. Vois-tu, je perds tout sens de la réalité lorsqu’il s’agit de fleur d’oranger. Comme je suis très influençable, j’ai vidé le sachet dans un pot en verre terriblement scandintage, et je boulotte ça à longueur de journée, en alternance avec le Saint Nectaire et le crottin de Chavignol, me disant que quand même, à défaut d’être healthy, tout ceci pourrait être hautement instagrammable.

Parfois aussi, j’arrête tout et j’écoute le silence, comme ces filles un peu étranges qui font de la pleine conscience très à la mode. Je viens notamment de redécouvrir que mon appartement était quand même royalement situé, puisque chaque matin, je n’entendais aucune voiture mais le piaillement de toute une volière de passage dans les arbres du jardin, juste devant nos fenêtres. Du bucolique en pleine ville, je te vends du rêve.

L’Homme, quant à lui, est donc revenu hier, anéantissant ainsi mon célibat fictif et tellement jouissif (j’étais à ça de m’ouvrir un compte Tinder) (ceux qui sont maqués depuis avant 2003 ne peuvent comprendre la frustration de ne jamais avoir écumé les sites de rencontres à la recherche d’un plan cul susceptible d’être épousé ultérieurement). Et puis, disons le, l’Homme est aussi bordélique que nos trois chiards réunis. Néanmoins, l’avantage, avec lui, c’est qu’on s’emploie avec application à faire tout un tas d’enfants pour de faux à peu près partout où ça nous chante, et surtout, quand ça nous chante (et même en ayant l’orgasme sonore) (mes voisins vous saluent) (on n’a pas de rideaux). Forniquer avant 23h était un luxe, laisse moi te dire qu’on fait grave sa fête à la luxure depuis hier. Notez que les ennemis premiers de la sexualité parentale, c’en sont tout de même les conséquences.

Je vous aurais bien confié que c’est génial parce que sans les gosses, je me balade en slip à longueur de journée, mais l’ennui, c’est que ça m’arrive aussi avec la marmaille. La même chose pour les restau’, les soirées avec les copains et tout ce bouzin que je fais en temps normal, trois gosses ou pas.

Je finirai en clamant que non, tout ce petit monde ne me manque pas. Enfin pas à moi, parce que l’Homme, comme à chaque fois qu’il manque sa descendance, erre dans les chambres des morveux et renifle leurs draps sales. Cet homme est une mère qui s’ignore, je crois.

Tout à l’heure, j’ai eu les grelots au bout du fil. Bon, on ne peut pas vraiment dire que j’avais beaucoup de choses à leur dire. Bulle m’a demandé s’ils me manquaient. J’ai dit non. Elle a dit même pas un peu. J’ai redit non. Elle a dit même pas moi un peu plus que les autres. J’ai encore dit non. Paupiette m’a raconté des trucs à propos d’une poupée mal coiffée qui avait des nœuds et de pipi dans des toilettes. Et CoinCoin a beuglé que c’était pas la peine de me parler parce qu’on s’était vus hier et que c’était pas la fin du monde. J’en aurais au moins réussi un sur les trois.
Bulle a dit que quand même, on ne se verrait que vendredi. J’ai répondu qu’en années chien, ça devrait sûrement passer rapidement, mais que là, j’avais plutôt envie de compter en années tortue, si ça ne l’ennuyait pas. Ça l’ennuyait.

Alors j’ai raccroché, et j’ai bu encore une lichette de Saint Emilion, pour aller avec ma tomme de Savoie.

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Tricoter une madeleine

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Je ne sais plus très bien à quel moment le tricot est passé du stade ringard au stade bobo, ni vraiment quand un lien quelconque a pu s’établir entre cette sombre chose et moi.

Ah, si.

C’est quand j’ai vu que des gens vendaient des bonnets pour enfant à soixante-neuf euros. Des bonnets en taille deux ans, donc. A soixante-neuf euros. Du coup, je ne savais pas si, pour ce prix, c’était directement le mérinos australien qui filait sa laine au coin du feu, ou bien si on ne nous prenait pas un peu pour des cons. Mais des cons riches, apparemment.
Toujours est-il  que, comme toutes ces greluches des internets, je suis mue parfois par tout un tas de choses abstraites qui consistent à regarder ce que font les autres, pour enfin finir par les copier en ayant l’impression d’être incroyablement branchée. Le tout, non sans un certain snobisme très urbain, mais dont je m’accommode ma foi fort bien. L’étape suivante consistant à savamment le crier sur tous les toits pour répandre un génie que j’aurai usurpé.

Mais que voulez-vous, on n’a pas rien sans rien.

Du tricot, putain. Avouez que ça valait sacrément la peine de laisser le rade en plan pendant trois mois, pour revenir avec un truc aussi foireux, hein.

Tout est donc parti de cette foutue histoire de bonnet. Enfin, de bonnet, c’est vite dit. Le bonnet, c’est encore un accessoire de prolo. Non, je ne cherchais pas un bonnet, mais bien un béguin. Lutin, plus exactement. Parfaitement. Un fucking béguin lutin terriblement vintage, dans lequel je voyais déjà ma dernière née. Bien entendu, environ quatre minutes après avoir vu ce béguin, la vie sans lui m’est apparue bien fade, morne et terne. Elle ne valait évidemment plus la peine d’être vécue, en somme. Forte de ma personnalité de table basse, je venais donc de me créer un besoin consumériste du plus grand intérêt.

Alors, de fil en aiguilles (j’ai fait Jean Roucas LV2), je ne sais plus très bien comment – un trou noir, une absence, de l’alcool de riz ? – je suis ressortie d’un magasin qui sentait l’eau de Cologne et la teinture mauve avec une paire d’aiguilles n°7 et deux pelotes de laine Rapido marron.

Je me suis lancée, vidéos de tutoriels sous la main. Le point mousse, le plus facile, mais que je trouve joli quand même. Tu parles, ça m’arrangeait bien.
Il faisait nuit noire et même un peu froid, seuls les ronronnements du chat cassaient le silence du soir. J’étudiais le mouvement, le ballet bien orchestré de la laine qui danse autour des aiguilles. Je reproduisais alors cette première maille avec la concentration grave des gestes importants. Et puis, soudain, quelque chose s’est produit. A la deuxième maille, mes doigts ont couru, comme s’ils savaient déjà. Ma tête n’agissait plus, j’étais spectatrice de ces mains qui étaient miennes et qui récitaient là une chanson qu’elles connaissaient par cœur.

Sont alors remontés des souvenirs chauds et cotonneux, vieux de vingt-cinq ans.

Je suis assise près de la grande fenêtre du salon, mes pieds de huit ans ne touchent pas encore le carrelage. En face de moi, je vois ma grand-mère sur son fauteuil. Ses doigts tordus s’activent et ses lourdes aiguilles à tricot tintent en battant le rythme de celles de la grande comtoise. N’avez-vous jamais eu, enfant, ce sentiment étrange et rassurant que le temps s’était soudain suspendu ? Le temps, chez mes grands-parents, avait cela d’incroyable qu’il s’étirait à l’envi pour parfois sembler s’arrêter. C’est, je crois, que le temps des vieux et de la campagne aime s’égrainer pour mieux être délecté. Je détaillais alors, avec une curiosité sans faille, l’infinité des grains de poussière qui valsaient dans les rayons du soleil de la maison et sous la chaleur humide du radiateur en fonte. Parfois, je tentais même d’en capturer, dans une quête que je savais vaine.

En nouant ma laine, j’ai aussi revu ma grand-mère fouiller dans la grande armoire de chêne pour ressortir la boite de bonbons. Une boîte qui a rythmée mon enfance et dont j’avais oublié l’existence étrange. Des pastilles Vichy, toutes blanches, dans leur boite octogonale bleue. Aucun enfant de huit ans n’aime les pastilles Vichy. J’en prenais une, vraiment parce qu’il n’y avait rien d’autre. Et parce que ça lui faisait plaisir. Je n’ai jamais trop aimé la menthe, mais je peux encore sentir le goût sur ma langue, et le bonbon fondre en une poudre acide. Puis, elle reposait la boite, sur l’étagère du milieu, à côté de mille autres boîtes métalliques, dont la moitié au moins étaient des boites à boutons égarés, dont elle ne se resservait évidemment jamais.

Enfin, je nous ai revues. Elle, me montrant les mouvements des aiguilles sur mes petits doigts aux ongles rongés et plus très propres. Et moi, tricotant avec application et langue tirée ses restes de laines dépareillées, en une improbable écharpe qui ne couvrira jamais de cou.

– Allez, attrape la laine avec ta main droite…  une maille à l’endroit…
– Et ton tricot avec ta main gauche…  une maille à l’envers…
– Pique dans le trou, juste ici… C’est bien… une maille à l’endroit…
– Tourne doucement autour de l’aiguille…  une maille à l’envers…
– Attention, ne serre pas trop !  une maille à l’endroit…
– Voilà, tire ta maille sur l’autre aiguille…  une maille à l’envers…

C’est incroyable. Moi qui chéris mes souvenirs d’enfant, j’avais oublié durant toutes ces années, mais mon corps, lui, s’en est souvenu. Je ne tricoterai probablement que ce foutu béguin, que ma fille refusera très certainement de porter, mais qu’importe. Durant ces quelques heures, je suis à nouveau avec ma grand-mère et mes huit ans.

Il n’y a donc pas que le vélo, qui ne s’oublie pas.

Il y a le point mousse, et les pastilles à la menthe, aussi.

 


Édit : Une véritable œuvre d’art se cache sur la photo. Elle – ou plutôt il – a été spécialement tricoté pour moi, par les doigts d’or de la tenancière du Délit Maille, cadeau d’une fidèle lectrice. Je le garde jalousement, évitant de le secouer : Max a encore, au bout de son costume de loup, des grains de sable des plages du Nord, restes éphémères de son fabuleux voyage jusqu’à moi.

« Nous vous aimons. Nous vous aimons terriblement. Nous vous mangerons ! »


 Édit 2 : Si tu veux ricaner en admirant le béguin terminé, c’est sur la page Facebook du blog que ça se passe –> lien dans la barre de droite –> –>

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Breaking news

pasteque

Hier, j’ai chouiné sur le réseau social, parce que ça fait belle lurette que je n’avais pas été touchée par la grâce de l’inspiration en ces lieux de sexe divin et de débauche pédagogique (et pas l’inverse). Alors, avant que les foules ne se soulèvent d’indignation, tout en se scarifiant les joues en pensant à la fin de ce blog chéri, j’ai décidé que j’allais écrire un truc à l’arrache, comme ça après, on passera à autre chose et tout le monde sera content.

On a les déboires qu’on mérite, mais voyez comme je suis altruiste même dans la rudesse de la vie d’artiste.

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Les Stagiaires en culotte courte, ép. 2/2

jenemontrepasmesfesses

Mes oies cendrées,

Aujourd’hui, je vais te parler du retour de la série hivernale tant attendue des Stagiaires. Je clôture cette épopée non sans mal, avec un bilan en demi teinte, et un article que je me sens un peu contrainte d’écrire, mais qui ne m’excite pas le clito plus que ça. La bonne nouvelle, c’est qu’après, on pourra parler d’autres choses (j’ai plein d’idées d’articles, autant te dire que c’est pas tous les jours).

Bon, je dois t’avouer qu’après l’épisode de novembre, on ne peut pas vraiment dire que j’étais hyper emballée à l’idée de retrouver mes deux ficus de fond de classe. Et à voir leurs tronches, c’était vraisemblablement réciproque.

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J’ai testé pour toi : l’opération des ongles incarnés

piedsniel

Mes plantigrades immaculés,

Aujourd’hui, je vais te raconter comment je me suis (encore) (c’était la troisième fois) (je crois que mon corps tente de me faire passer un message) faite opérer des deux pieds atteints d’ongles incarnés infectés. J’ai bien conscience qu’avec ces trois mots, j’écaille à tout jamais l’image romantique que vous avez de moi, mais sachez que non, mon haleine ne fleure pas le jasmin au réveil (mon anus, par contre…).

11h48 : J’arrive à la clinique, à pied, avec mon sac à dos, mes béquilles sous le bras, ma bite et mon couteau. J’ai un peu d’avance, j’avais prévu mon coup. La marge de manœuvre de dix minutes est obligatoire pour les gens comme moi qui connaissent forcément un imprévu cocasse, voire désagréable, avant un rencart important.

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Charlie, l’ecole et les enfants

charlie

Mes colombes nacrées,

Aujourd’hui, je vais faire ce que j’avais décidé de ne pas faire : vous parler de l’actu. Mais pas pour pleurnicher. Je veux dire, ouvrez internet, et vous verrez comment chacun y est allé de l’exposition de ses petits sentiments. Je ne suis pas sûre qu’il faille absolument exposer au monde entier nos larmes sur les blogs, point n’est besoin de l’écrire pour savoir que nous autres, gens de l’internet, qui usons de la fameuse liberté d’expression à tort et à travers, avons été touchés par ce qu’il s’est passé. Certains ont malgré tout fait des billets intéressants, mais depuis quelques jours, s’est imposé à moi un tri drastique du florilège de ce que l’on peut trouver sur la toile, et ce afin de ne pas tomber dans l’excès de Charlie jusqu’à la nausée.

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Conte de Noël

perenoels

Mes cannes en sucre,

Aujourd’hui, ou plutôt hier, on était le 24 décembre. On aurait pu être le soir, mais on était le matin. Il aurait pu neiger, mais il faisait juste frais. Ça aurait pu sentir la cannelle et le sucre d’orge, mais ça schlinguait surtout la Javel.
Hier, on était le 24 décembre, c’était le matin, il faisait beau et j’avais rendez-vous à l’hôpital. Je regardai le lino moche qui brillait trop et, disciplinée, je m’arrêtai pile sur la ligne jaune fluo, qui n’a de courtoisie que le nom. Cette frontière balisée derrière laquelle on fait semblant de ne pas entendre ce qui se dit à un mètre cinquante devant. Faut vraiment être con. Et poli, aussi.

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