Barrez à tribord, moussaillons !

Chers toi et toi,

Comme tu as pu le constater jusqu’à présent, s’il y avait une palme à décerner pour la mère parfaite, aucun doute que je la raflerai haut la main. Avec mention et standing ovation, en plus. Et comme j’ai toujours été merveilleuse, je n’ai notamment  jamais cédé à la demande de Bulle de fêter son anniversaire avec ses cops. Tu comprends, être le centre de la fête, ç’aurait été mauvais pour son ego. Non, il faut savoir rester modeste. C’est ainsi qu’en tant que mère modèle, j’ai décidé de faire une entorse à la règle cette année. Parce qu’à y réfléchir, la brider comme ça toute sa vie, c’est un coup à la retrouver en poum-poum short à faire une lap dance pour l’anniversaire d’un mâle prépubère, à l’âge de 13 ans. Il était donc grand temps qu’elle apprenne à s’amuser de manière correcte (traduction : avec sa mère qui s’yeute planquée derrière les portes).

Tu te doutes bien que ce chemin fut loin d’être sans embûches, malgré ma perfection évidente. D’abord, il fallait se débarasser de Coin-coin. Non pas que me retrouver avec un nain hurlant me déplaise (je commence à avoir l’habitude), mais là, si on l’ajoute à la troupe satanique qui allait débouler, je sens que j’aurais été à deux doigts de l’apoplexie sous oreiller (pour lui, hein). Aucune nounou de dispo à ce moment là, forcément. C’est ainsi qu’Arsène, en bon samaritain dévoué, pris un jour de reuteuteu. Chouette, me dis-je (naïve), une deuxième paire de bras et de cordes vocales pour m’aider ! Autant me fourrer un doigt dans l’oeil, voire les deux mains : Arsène avait simplement décidé d’envoyer le hurleur chez ses grands-parents, et lui avec (le traitre). Tu noteras l’implication paternelle.

Mais avant, il y a eu l’étape number one, c’est-à-dire les cartes d’invitation à distribuer. Premier dilemne : Bulle a toujours été invitée dans des anniversaires extras, fêtés dans des grandes maisons ou dans des endroits super. Ici, budget ultra limité et impossibilité de pousser les murs, il fallait donc restreindre l’accès à un nombre prédéfini de gremlins. D’un commun accord non négociable, j’ai nous avons décidé que le nombre d’invités se limiterait au nombre de cartes d’invitation présentes dans le paquet (en évitant soigneusement de choisir un paquet épais). Cinq cartes. Impec.
Là où j’ai failli, c’est qu’on s’est pas vraiment fait suer pour le packaging. Autant ses potes ont des supers cartes home made (enfin, surtout faites par les mothers), autant nous, on a opté pour l’achat groupé et pas cher. En même temps, c’est un peu comme les faire-parts, ça sert à rien de mettre cher pour un truc qui va transiter rapidos du frigo vers la poubelle. Bref, cinq cartes, cinq copains.
Deuxième dilemne : le choix des invités. En bonne mère bien éduquée, je voulais que ma chair fasse de même, et invite les copains qui l’avaient déjà invitée pour leurs anniversaires à eux. Sauf que bon, là, y’avait plus de quoi se la jouer politesse. Peu importe, Bulle à un anniversaire, ça se mérite. Elle a donc choisi toute seule qui elle inviterait. Mixte, garçons et filles, parfait. Sauf qu’au dernier moment, quand elle a distribué les cartes dans la cour de récré, un de ses futurs invités, ne se sentant plus péter de l’honneur offert certainement, a eu le malheur de pratiquer un jeté de mèche blonde sans les mains, pour finir avec un sourire de surfeur californien (édenté, mais surfeur quand même). Ma fille, magnanime et compréhensive, a donc décidé que non, vraiment, impossible que ce Justin Bieber en puissance vienne squatter son antre. Ça m’a presque rassuré (un de moins, surtout). Que nenni, entre temps, tu te doutes bien qu’elle a remplacé Justin non pas par une copine, mais par trois (je crois qu’elle a un avenir certain dans la finance) D’ici qu’elle invite tous les Grecs, il s’en est fallu de peu.

L’autre point important, c’est que j’ai découvert un trait non négligeable de tout anniversaire : la préparation. Avec ma devise préférée du « on verra demain », je me suis retrouvée levée aux aurores le jour J, balai dans une main, PC dans l’autre. On a donc filé dans un magasin de déco de fête fissa, on a rempli le caddie à roulettes de tout un tas de merdes jouets pas chers, et hop, retour à l’appart. Sache que le sang de mon sang a hérité de la perfectitude maternelle. Point de princesses cul-cul, elle soufflerait ses bougies sous le thème des pirates. De quoi rassurer les garçons qui allaient venir, et qui avaient quand même demandé à Bulle d’un air perplexe s’ils allaient devoir jouer à la poupée ou pas. (je pense qu’elle ne comprends toujours pas le sens du mot poupée, ça a dû les rassurer)

Aussi, quand tu cours partout, que tu n’as aucun ingrédient pour le foutu gâteau, et que les invités arrivent dans deux heures, tu te dis que ça ne pourrait pas être pire. Et puis si. Comme la météo n’a jamais vraiment été ton amie, elle a concentré en une après-midi l’équivalent de trois mois de mousson en Asie du Sud Est. Et pour ajouter à ta détresse, tu te rendras compte (toujours sans gâteau et à une heure de l’heure fatidique) que tu n’as rien prévu pour occuper les Gremlins. Stress. Panique. Angoisse. Pipi. Guronzan.

Heureusement, le terrier de Bulle s’apparentant à l’antichambre de Jouéclub, je me suis dit qu’ils allaient forcément de quoi trouver à s’occuper. Deux trois jeux sortis de derrière les fagots, un peu de musique, et le tour serait joué. Et puis je me suis dit que gamine, j’aurais quand même adoré qu’on organise une chasse au trésor avec mes potes… Alors comme je suis parfaite, mais parfois un peu faible, je me suis lancée dans la fabrication d’une chasse au trésor, une demie heure avant l’arrivée de la troupe. Evidemment, aucune chasse au trésor de pirates gratuite n’était sur le net, il a donc fallu que je rassemble mes quelques neurones fonctionnels pour en fabriquer une de toute pièces. Merci Internet pour les idées, et à mes doigts Flash McQueen qui ont réussi à pondre la chose, Dieu seul sait comment, cinq minutes avant l’heure fatidique. Pfiou, cinq minutes de repos… Et pourquoi pas une clope sur le balcon en attendant ? Quand tout à coup : ding-dong ! Gremlin mother n°1 ! Réaction numéro un : « Et meeeerde.. Y’a encore des gens ponctuels… C’est déprimant… ». Réaction numéro deux : « MEEEERDEUUUUUH ! Le GÂTEAUUUU ! » Stress. Panique. Angoisse. Pas le temps pour un pipi. Rail de coc’.

Forcément, à partir de là, tu as le bal des mères de familles. Autant te mettre au parfum direct :  quand c’est l’occasion pour elles de venir chez toi pour la première fois (peu importe le prétexte), tu n’auras aucun père pour emmener leur lardon. Là, elles vont se précipiter. Histoire de voir comment c’est, chez toi. Par rapport à chez elles. Curiosité, quoi. Ca leur permettra ensuite de te ranger dans un tiroir particulier :
– soit chez toi, c’est comme chez elles (napperons, ficus et Ikea 1995) > tiroir « elles te kiffent, c’est bon, tu es comme elles, vivement le thé de dimanche aprem »
– soit chez toi, c’est pire que chez elles (en plus de la liste du dessus, tu disposes encore de bibelots en céramique de toute beauté, ou encore de ce cadre avec une fontaine illuminée style restau chinois) > tiroir « grosse ringarde, jamais je poireaute à côté d’elle devant le portail de l’école »
– soit chez toi, c’est mieux que chez elles (du genre « haaaaan mais sa mèèèère comment ça tue du slip chez vous ! » « La cuisine ROUUUUUGE (oui, en hurlant) » « j’adoooore les couleurs ! Mon mari refuse que je fasse ça… (larme) ») > tiroir « ça me fout les boules, je la déteste un peu je crois, mais je peux attendre devant le portail l’esprit tranquille et le paquet de BN apaisé ».

Note donc qu’en cachant correctement la misère, tu peux apaiser tous les BN de Talence. Il faut aussi que tu saches deux autres choses essentielles dans tout goûter d’anniversaire :
1) la mère de famille (l’autre), n’a pas bien saisi que les horaires inscrits sur la carte d’invitation faisaient foi passé le pas de ta porte, attends-toi à les voir s’installer confortablement sous des pluies de « non mais on va pas vous déranger… » (mon oeil)
2) Il existe une phrase simple totalement interdite et que j’ai eu le malheur de prononcer : « Un café ? ». La politesse, c’est pêché. Fort.

Et puis quand tu te retrouves avec tout le petit monde, tu te dis que franchement, t’es vraiment une daube de l’organisation… « Mais elles sont où, ces foutues boules Quies ?! ». A partir de là, tu sens que tu déclines. Un coup d’éclaircie, hop, tout le monde dehors. Un coup de flotte, hop, tout le monde Just Dance sur la Wii. Quand c’est dehors, tu recharges tes batteries en carton, et quand c’est dedans, tu pries Bouddha et Gandhi de te filer un peu de sefl control. Quoi qu’à y réfléchir, au bout de deux heures, même Gandhi aurait bien envoyé quelques coups de canne bien placés…

Tu regardes ta montre : plus qu’une heure à tenir avant le retour des mères prodigues. Soyons honnête, à ce stade, tu les bénis, leurs mères. Limite tu regrettes de pas avoir proposé aussi du thé, des Cadbury et des After Eight. Enfin, une heure, c’est jouable, tu vas tenir. Et puis, il te reste encore la chasse au trésor à faire, et le gâteau… Le gâteau… PUTAINNNN !! LE GÂTEAU !!!!!!! A partir de maintenant, la gagnante de Master Chef, c’est toi. En moins de dix minutes, tu vas trouver une recette sur le net, et élaborer un gâteau au yaourt au chocolat (on se moque pas, déformation professionnelle) qui sera jeté dans le four. Evidemment, quand les gremlins auront fini la chasse au trésor, il sortira juste du four, et donc personne ne pourra le manger. Mais c’est pas bien grave, tu as déjà alourdi leurs estomacs à coup de fraises tagada, de chamallows et autres. (astuce venant d’un fait totalement fictif bien entendu : quand ton gâteau est vraiment chaud, ne cherche pas pourquoi les bougies que tu y plantes s’affaissent systématiquement : c’est juste qu’elles fondent… ouioui, à l’intérieur de ton gâteau… ahem) .

Au final, c’était très chouette cet anniversaire. Tout le monde était content (et bien énervé : merci la pâte à prout et les coussins péteurs). Vers 18h30, je me sentais vraiment Gandhi, les tongs et 60% d’audition en moins. A ce moment là, j’aurais presque invité tous les Grecs… Paix, amour et Haribo.

Bon enfin à un moment, les mères tant attendues arrivent. Et puis, c’est marrant, quand elles viennent chercher leurs gremlins, tu les apprécies vachement plus. C’est vrai qu’elles sont sympa en fait (en dehors du fait que le hasard a fait que ma fille se soit acoquinée quasi-uniquement avec des lardons de collègues ou d’ATSEM). Elles ont juste dix balais de plus que toi, mais ça, tu t’y es fait, depuis 9 ans, déjà…

Sur ce, je file, j’ai une boîte de Doliprane à m’enfiler et un énorme gâteau à manger !

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4 thoughts on “Barrez à tribord, moussaillons !

  1. Le fil rouge du fameux gâteau, j’adore! Préparer une chasse au trésor 5min avant le debut et un gâteau 1h avant la fin, bravo je m’incline!
    Allez, j’arrête de te charier, je vais préparer les 3mois de mon étoile ! Ambiance couches et lait à volonté, youpi !

  2. Ne t’incline pas trop bas, je suis pas sûre que ça en vaille la peine ! Disons que n’importe quelle mère normalement constituée aurait légèrement ANTICIPE la chose… Fais moi penser à le noter, pour l’année prochaine .
    Joyeux moisiversaire à Nova ! Qu’elle te remplisse bien 3 grosses couches ! Si elle te vomit dessus 3 fois, ça compte aussi. Je l’aime, cette petite.

  3. Ah enfin quelqu’un de civilisé qui comprends qu’il faut parler de caca dans un blog,c’est vraiment la seule chose qui est intéressante.
    Vraiment merci du fond du coeur.
    Azlan

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