#2 : Dancing queen

Mon petit chaton,

La semaine dernière, je te parlais de mes homardes, et de nos vingt-dix ans qui ont commencé à être soufflés. Aujourd’hui, je vais te raconter le lien collé-serré qui unit depuis toujours la danse et mon corps gracieux (je suis pour le mariage pour tous).

Quand tu étais petit(e), peut-être as-tu vu tes parents onduler des hanches sur les Forban, lors de soirées trop arrosées (un peu comme celle où ils ont fait ton petit frère, les chiens) (la faute aussi à Suzette). Moi, que dalle. Rien. Déjà, les soirées fofolles avec leurs amis n’existaient pas. Et quand bien même, je n’ai jamais observé mes géniteurs remuer ne serait-ce qu’une once de popotin. Autant te dire que depuis ma plus tendre enfance, je considère la danse comme quelque chose d’à peu près aussi accessible que le saut à la perche.

Si tu rajoutes le fait qu’à l’adolescence, ta confiance en toi est aussi développée que tes poils pubiens, tu en arrives rapidement à un postulat tenace : tu ne SAIS pas danser (je ne suis pas très poilue de là). Ce qui débouche donc sur le fait qu’à chaque soirée à laquelle tu étais invitée, tu te retrouvais, à un moment ou un autre, à tenir compagnie aux chaises pliantes. Evidemment, après trois malibu-coco, tout le monde se prenait pour Travolta au milieu de la piste (aka le garage squatté pour l’occaz). Enfin tout le monde, sauf toi. Normal : toi, tu ne SAIS pas danser. Tu le sais, ce n’est donc même pas la peine de tenter. Rajoute à ça le fait que tes copines avaient toutes l’air d’avoir joué dans Dirty Dancing, ça te faisait une raison de plus pour rester sagement assise en attendant que les invités soient trop bourrés pour mettre un pied devant l’autre. Ce qui parfois prenait un certain temps.

Et puis tu as grandi. Et tu t’es dit que dans ta folle émancipation, en plus de te barrer vivre à la ville, tu n’allais pas rester gourde toute ta vie : tu allais mettre les pieds en boite. Si possible un jour où ladite boite contient la moitié de Bordeaux, comme ça, personne ne pourra vérifier que tu ne sais enchaîner aucun pas de danse correct. Tu te décides à y aller avec une de tes homardes, et un autre homard, non sans t’être entraînée devant un pauvre miroir les jours précédents (vérification faite, tu ne t’étais pas gourrée : tu ne sais effectivement pas danser). Le hasard nous a fait atterrir au Pollux, une des rares boite bordelaise gay-friendly de l’époque (par la suite, sur nous trois, deux sont devenus très gays, sauras-tu retrouver l’intrus ?). Un calvaire. Boite déserte pendant les deux premières heures. Au final, je ne me suis amusée qu’au seul endroit où personne ne me regardait : à l’étage, où je pense avoir été la seule personne à la fois de sexe féminin et hétérosexuelle de la soirée (j’entamai ce soir-là, sans le savoir, une longue carrière de fille à pédés).
Mais depuis dix ans, tes BFF ont bien tenté maintes fois de te convaincre : ils te disent que vraiment, tu dois t’entraîner pour être aussi conne, puisque la question de danser correctement ou pas ne se pose pas : tu DANSES systématiquement à la moindre note. Mais ça, évidemment, pour toi, ça ne compte pas.

Mais revenons à nos vingt-dix ans fêtés par nos homardes. Le décor a été planté direct : dans le bar, on danse, et après, on va en boîte. Merde, t’avais promis d’y aller. Terrible Two et son père ne peuvent décidément pas avoir une gastro simultanée au dernier moment. Impossible d’y couper, tu allais devoir danser. Ce qui en soit représentait un challenge nouveau auquel tu ne pensais plus (j’adore les défis foufous). Bar, musique, sangria, punch, champagne, dancing. D’un coup, dans le bar finalement très sympa, toute la troupe a commencé à migrer en bas pour danser… sur les tables. A ce moment-là, un éclair d’insouciance sûrement, en deux temps trois mouvements, je me retrouvai sur une table, à balancer du cul sur « Nettoyer, balayer, astiquer » (ma vie est un paradoxe) (mes goûts musicaux aussi). A partir de là, j’aurais pu aller danser la Soca Dance sur les genoux de Juppé. Inutile de te dire que plus de dix ans après, me retrouver en boîte devenait ultra exciting. 

Phase number two de la soirée. La boîte.
Dans mes souvenirs, au Pollux, la musique était sinon sympatoche du moins audible. La claque. Déjà, à mon époque (on disait que j’avais pas écrit ça), les gens dansaient, en boite. Aujourd’hui, ils décuvent. Nuance. De toute façon, la musique est tellement abjecte que tu penses aller faire tourner toi-même les platines de cet abruti de DJ. Ah, on me signale dans mon oreillette qu’on ne dit plus « platines » depuis 2002. Wait.

Jadis aussi, pour les débiles comme toi ne sachant pas quoi faire des extensions que sont leurs bras, il existait une parade : fumer. C’est ainsi que tu t’enfilais en une soirée l’équivalent de la production annuelle de tabac colombien. Et tu remerciais chaleureusement Philippe (et Maurice, aussi) pour leur soutien… Aujourd’hui, tu l’as dans l’baba. C’est bien mignon, leurs histoires de lieux publics à la con, m’enfin ont-ils seulement pensé une seconde aux handicapés de la piste ? Maintenant, tu squattes tes poches, en espérant avoir l’air cool (je sais, on ne dit plus « cool » non plus). Sauf que personne n’est dupe, en fait.
Par contre, j’ai découvert un truc ré-vo-lu-tion-naire : en réalite, personne ne danse bien en boite ! Tout le monde fait comme toi : du claquement de talon l’un contre l’autre, avec ondulation du cul, éventuellement parfois tu tentes un truc avec tes bras (ou tes cheveux) (ça fait pétasse, le cheveu, et en boite, on est toutes pétasses) et paf, l’air de rien, ça passe.

Donc, si je résume : je suis une reine du dance floor, qui s’est ignorée pendant vingt-dix ans.

A quand une boîte disco-années-80-90 sur Bordeaux, merde !?!

PS : J’ai oublié de préciser que ce soir-là, on m’a sorti la pire tentative de drague du monde internationale. On m’a demandé langoureusement : « Dis donc toi, tu serais pas portugaise, par hasard ? ». Vue la pilosité torsale du demandeur, c’était VRAIMENT PAS une blague foireuse. Les gens sont tarés.

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2 thoughts on “#2 : Dancing queen

  1. Tu sais ce qu’il te reste à faire, bouger ton popotin un peu plus souvent à la maison histoire de donner le bon exemple à Bulle 😉
    Une petite vidéo de ce moment sur facebook sera très apprécié par la communauté :)

    1. Je possède déjà ce talent si particulier. Faire l’andouille à la maison étant une seconde nature, Bulle a déjà tous les atouts pour finir à Charles Perrens.
      Je possède en outre une vidéo d’une chorégraphie de moi-même et la chair de ma chair, sur Waka waka. Le monde du football en a pris une sacrée claque. Mais ceci restra secret défense.

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