#1 : Des homards sur lit de dindes

Tu te souviens de cet épisode de Friends, dans lequel Phoebe explique que ses amis sont des homards ? (fais les pinces avec tes doigts >> remember ). Et bien moi aussi, j’ai mes homards. A dire vrai, je fais plus exactement partie de plusieurs bancs de homards.

Il y a les homards de tous les jours, ceux du bout du fil quasi quotidien (pour… pour quoi, déjà ?). Il y a aussi les écrevisses et les gambas plus éparses. Et les langoustes de passage (j’ai fait des études scientifiques).
Et puis, il y a les vieux homards. Ceux avec qui on a passé l’âge ingrat de la fin de l’enfance et de la chienne adolescence. Ceux qu’on ne voit plus qu’une ou deux fois par an, mais après tout, ça ne change rien. Ceux dont on croit qu’on ne va peut-être pas avoir grand chose à se raconter, malgré tout. Et puis avec qui on passera finalement la nuit entière à refaire le monde et à raconter pour la millième fois les mêmes souvenirs. Comme à chaque fois, en somme. Okay, le fait qu’on se retrouve à demi éméchées aide probablement un chouia (quoi que). Mais on n’a pas attendu Facebook pour garder la ficelle à laquelle on est solidement accrochées, ce qui en soit tient sûrement plus du miracle que des volontés farouches. On est des homards, c’est établi. On sait qu’on va se voir à un moment ou à un autre. Personne ne se pose trop la question, en fait.

Figure toi que mon banc de vieux homards (ou plutôt de vieilles homardes) (le homard n’a pas de nom particulier pour la femelle de cette espèce totalement sexiste, laisse moi rectifier s’te plait), je disais donc que mon banc de vieilles homardes (oui, c’est moche comme nom, mais je te merde) (t’as fini de me couper, oui ?) ; DONC, mon banc de homardes est daté du grand cru 1983. Comme tu calcules vite et bien, même si tu n’as pas eu la chance de décrocher un diplôme de BGSTU (hein ?), tu auras deviné que tout ce beau monde fête cette année ses joyeux vingt-dix ans (enfin elles, pas moi ; moi, je suis encore vierge) (ta gueule).

Les réjouissances ont commencé il y a deux semaines.

Rendez-vous lancé par la première vieille de 2013, suivie de près par une autre. Une seule soirée pour les deux, pratique. L’invit’ était lancée… en même temps qu’à 30 autres personnes que tu n’as absolument jamais croisées de ta life. C’est pas grave, comme avec un demi gramme d’alcool dans le sang, tu rentrerais sans problème dans une discussion entre une table basse et un pouf, tu te dis que c’est pas la mort non plus.
Et puis il y a eu le bar aussi. Totalement inconnu. Réflexe number one : tu te rues sur les sites internet pour avoir les avis avec les étoiles à la con. Merde, mal noté. Bon, après tout, tu te dis que finalement, tu n’y vas pas vraiment pour le bar.

Toute la mezzanine du bar avait été privatisée pour l’occasion, et ça, c’est le truc qui te fait trop te sentir lounge. C’est bien, de se sentir lounge, c’est à la mode (retiens). Enfin c’est à dire que là, plus précisément, c’était lounge sur fond de peña cumcum, étant donné qu’on était dans un bar à tapas. Mais après tout, on emmerde les détails.

Par contre, le bug a commencé dès l’entrée. La méga loose, pour moi, c’est quand tu débarques dans un endroit où tu ne connais personne, et où il faut dire bonjour. Tu crois que tu vas pouvoir esquiver les interminables claquements de bises sur des joues grasses, tu lâches donc un « Bonjour ! » général (je suis une fille polie) agrémenté d’un petit signe de la main les grands jours (je suis une fille très polie). Sauf que là, il y a toujours quelqu’un pour te dire « Tu fais pas la biiiiiise-enh ? ». Là, tu aimerais lui répondre que t’es encore un peu sur la fin de ta malaria, mais non, tu te lances. Et smouik et smouik. Le must, c’est quand les gens te disent leur prénom en même temps. Et toi, comme une conne, tu te sens obligée de répéter le tien tous les vingt centimètres, comme si le gars d’à côté avait bouffé son sonotone. Aberration totale puisque de toute façon, tu ne retiendras JAMAIS trente prénoms d’un coup (sauf ceux des mecs graous, évidemment). Déjà que t’as du mal à mémoriser ceux de tes collègues… Mais tu ne te fais pas d’illusions, ils ne retiendront pas le tien non plus. Dans l’emballement, j’ai failli en claquer la bise au serveur.

Et puis tes homards arrivent. Tu les regardes en silence. Tu calcules et tu te dis que ça fait presque vingt ans que tu les connais, et tu trouves ça beau. Tu les aimes, tes homardes, même si tu ne penses à pas elles chaque jour. T’aurais presque envie de chialer, mais tu voudrais pas niquer l’ambiance d’un coup. Tu te dis qu’elles sont toutes devenues belles, et minces. Tu te demandes si elles se disent pareil pour toi, qui n’a pas vraiment minci avec le temps. Tu te dis qu’on partait toutes d’un collège de ZEP un peu pourri, d’un endroit encore plus pourri, mais qu’on s’en est bien sorties. Tu te dis qu’il y a quinze ans, on faisait les chorégraphies des Spice Girls dans la cour des troisièmes. Tu te dis que pourtant, tu jugerais que c’était l’an dernier.
Tu te dis, pour la première fois, que la vie passe quand même un peu trop vite…

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8 thoughts on “#1 : Des homards sur lit de dindes

  1. Hey ma vierge bien aimé !

    J’ai envie te dire :
    – oui je sais faire les pinces avec mes doigts (je connais les épisodes par cœur…)
    – oui je connais par cœur les chansons et les chorées des spices girls (I’ll tell you What I want What I relally really want !!!)
    – oui je me rappelle de la cour de 3ième de notre ZEP de Castillon la Bataille…
    – oui j’ai eu aussi peur que nous ayons rien à nous dire comme à chaque fois une fois par an : mais justement c’est que quand on se dit que des conneries qu’on sait qu’on est vraiment bien ! :)
    –> PUTAIN je suis une homarde, une vielle homarde en plus, qui vient de fêter ces vingt-dix ans mais heureusement je ne suis pas toute seule sur ce banc ! Le cru 83 ne fait que commencer !

    Par contre je rectifie, PERSONNE n’avait la peau grasse, c’est donc toi (ou le serveur alors) ! 😉

    Et enfin et surtout j’ai oublié te le dire : « qu’est ce que tu as minci !!!

    A l’année prochaine
    Smouik et smouik

    PS : moi je m’appelle Liam et toi au fait t’es qui ??

    1. Yo brother !
      Moi aussi je te kiffe.
      Si tu te souviens bien, même lors de la pire époque, à l’heure où vous vous preniez pour des Texas Instrument au biactol, aucune pustule disgracieuse ne m’a atteinte. Elles n’aurait pas osé.
      En revanche, frangin, j’ai bien pris 8 kg depuis la terminale : 3 par gamin et 2 pour le concours. On s’refait pas.
      J’te fais des zoubi d’amour.

      Noël G.

  2. oui alors moi je suis la homarde de 84, je tiens à le préciser! Et oui les copines je serai toujours la plus jeune d’entre vous! bon le probleme c’est que j’ai toujours l’air d’avoir 15 ans… mais comme je suis d’un calme légendaire ça ne m’offusque point!!!
    et puis on est pas obligé d’être alcoolisé pour avoir des choses à se dire. au contraire c’est même l’une des premières qu’on fait une soirée ensemble : non Aziza, la madeleine à mont de marsan ça ne compte pas!!
    en tout cas j’ai beaucoup apprécié cette soirée anniversaire/retrouvailles. même si le décor ne m’a pas trop dépaysé, moi qui voulait retrouver un peu la civilisation à la bordelaise…mais bon ce n’est qu’un détail. Et puis quel plaisir de finir ma nuit à moitié ivre sur le tapis de ma homarde, ça m’a rappelé les souvenirs de fac dont on doit garder le secret!!!
    à bientôt les homardes vous me manquez deja mais je sais qu’on se retrouvera toujours comme si c’était hier.
    à plus dans le bus, à bientôt dans le métro (F.Foresti)

  3. J’adore le ton humourémouvant! Autre chose, c’est vrai qu’il y avait un age ingrat, qu’est-ce qu’elles sont belles ces madames de vingt-et-dix ans (même celles de 29 Célinou)

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